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Un rapport sans précédent révèle l’effet amplificateur du réchauffement climatique sur l’ouragan Florence

L'oeil de l'ouragan Florence. Alexander Gerst / Agence spatiale européenne / Twitter

L’ouragan Florence se déchaîne actuellement sur une partie de la côte est des États-Unis. Ajoutées à la houle et aux vents violents, ce sont surtout les quantités de précipitations attendues qui inquiètent – à l’image de l’ouragan Harvey qui avait touché le sud des États-Unis l’année dernière. Dans ce contexte pour le moins atypique, un rapport novateur a quantifié l’effet amplificateur du réchauffement global sur l’ouragan Florence.

Florence frappe désormais de plein fouet la côte est des États-Unis, au niveau de la Caroline du Sud et de la Caroline du Nord où il a d’ailleurs touché terre près de Wrightsville Beach. L’ouragan est actuellement de catégorie 1 sur l’échelle de Saffir-Simpson, avec une pression centrale estimée à 958 hectopascals au dernier pointage. Il apporte une très forte houle et des vents violents, mais surtout des précipitations abondantes qui vont s’attarder sur les mêmes zones compte tenu du caractère stationnaire du phénomène. En effet, son centre devrait rester près de la côte au cours des prochaines heures ce qui permettra le maintien de l’alimentation en air chaud et très humide pompé au-dessus de l’océan. Le phénomène continuera donc de bénéficier d’un apport d’énergie conséquent et son affaiblissement n’en sera que plus lent. Les cumuls de précipitations attendus pourront localement approcher les 1000 millimètres dans les endroits les plus exposés.

Cet épisode fait suite à celui d’Harvey qui a concerné le sud des États-Unis l’année dernière et qui présentait d’importantes similitudes de par sa stationnarité et les cumuls de précipitations records qui en ont résulté. Lorsque ces événements extrêmes se produisent, se pose souvent la question de l’impact du réchauffement climatique – les températures en surface s’étant réchauffées de 1 °C en moyenne depuis le début de la révolution industrielle. Si les scientifiques ont désormais mis en évidence que dans un climat plus chaud, les ouragans ont le potentiel de devenir plus puissants et de produire des précipitations plus intenses, un rapport quantifie pour la première fois cet effet de manière anticipée pour l’ouragan Florence.

Les chercheurs ont réalisé cette étude d’attribution sur la base d’un modèle ensembliste initialisé au 11 septembre 2018 à une date où l’ouragan était encore assez loin au large. Deux jeux de données ont été produits. Une prévision standard basée sur les conditions atmosphériques et océaniques réellement observées et une prévision modifiée où l’estimation du signal lié au changement climatique a été retirée des températures de l’air, de l’océan etc. Ce dernier scénario est donc une prévision contre-factuelle qui permet d’appréhender ce qu’il se serait passé si l’ouragan Florence s’était produit dans un monde sans changement climatique induit par l’Homme.

ouragan florence
Image radar de Florence entrain de toucher terre en Caroline du Nord ce vendredi aux alentours de la mi-journée. Plus les couleurs sont chaudes, plus les précipitations sont intenses. Crédits : Weathernerds.org.

La comparaison entre la prévision standard et la prévision modifiée indique que les précipitations simulées sur les Carolines ont été augmentées jusqu’à plus de 50 % par le changement climatique –  les augmentations maximales se produisant dans la partie la plus active de l’ouragan. Cet effet est attribuable au fait qu’un environnement plus chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau et exacerbe donc le potentiel précipitant. L’intensité du cyclone est également légèrement plus importante pendant la majeure partie de la période simulée et sa largeur est d’environ 80 kilomètres plus élevée ce qui indique que la présence d’un environnement anormalement chaud et humide a « dynamisé » le tourbillon.

Une étude du même genre, à la différence qu’elle avait été conduite après-coup, avait porté sur l’ouragan Harvey. Elle arrivait à la conclusion que ce dernier a produit des précipitations environ 37 % plus importantes que dans le scénario d’un monde sans changement climatique anthropique. « C’est surprenant au sens où c’est un très gros pourcentage » a déclaré Kevin A. Reed, auteur principal du rapport. « Les impacts du changement climatique sont on ne peut plus réels et ils se produisent déjà  ». Ces résultats qui sont conformes à ce que l’on est en droit d’attendre du processus de réchauffement global, matérialisent de façon concrète les conséquences et les implications qui lui sont associées.

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