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Prévention ou répression : quelle méthode est la plus efficace ?  

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Crédits : AFMC Health & Wellness Team / WPAFB

Drogue. Alcool. Sexualité. Tabac. Sécurité routière. Après des décennies de politiques publiques punitives et stigmatisantes, les mentalités évoluent. La prévention des risques, une approche née dans le monde anglo-saxon qui vise à responsabiliser les utilisateurs pour les amener à délaisser progressivement (et volontairement) les pratiques à risque, s’impose un peu partout dans le monde.

Le succès des Stop Smoking Centers en Grande-Bretagne

S’il est une chose que l’arsenal de mesures prises en France par les autorités de santé publique nous apprend, c’est bien que la stratégie du bâton marche moins bien que celle de la carotte. Il n’y a qu’à comparer les chiffres du tabagisme et leur évolution au gré des mesures-chocs (hausse du prix du tabac, interdiction de fumer dans les lieux publics, paquets neutres,…) pour réaliser leur faible impact.

Depuis vingt ans, le pourcentage de fumeurs dans l’hexagone, pays réputé pour sa politique de tolérance zéro à l’égard du tabac, demeure relativement stable (aux alentours de 30% de la population adulte). Dans le même temps, la Grande-Bretagne a vu le nombre de fumeurs baisser de moitié (plus que 17% en 2017). La différence entre les deux pays ? Les Britanniques se sont tournés depuis plusieurs années vers une politique de réduction des risques pour limiter l’impact négatif de la cigarette plutôt que de chercher à éradiquer le tabac.

Les responsables de santé publique du Royaume-Uni ont misé sur la création d’un réseau de Stop Smoking Centres où des professionnels de santé peuvent accueillir et orienter les personnes qui souhaitent arrêter la cigarette ou réduire leur consommation. Des médecins, des infirmières et des psychologues encadrent ces centres de santé, orientent les fumeurs vers des solutions alternatives adaptées (patchs, gommes, e-cigarettes, tabac à chauffer,…) et qui prennent en charge quelques 800‘000 fumeurs par an pour un taux de réussite de 49 %.

SAM, un concept bien intégré en France

Encadrer, accompagner, motiver, soutenir, plutôt que de punir systématiquement. C’est également une approche que privilégie désormais la sécurité routière. Sans négliger l’effet de la « peur du gendarme » dans l’amélioration des comportements des conducteurs, les initiatives prises par la sécurité routière contre l’alcool au volant visent de moins en moins à choquer ou faire peur, et de plus en plus à rendre socialement acceptable (voire « cool ») les pratiques responsables.

C’est ainsi que le principe de capitaine de soirée, baptisé SAM en France, a connu un succès incontestable un peu partout dans le monde. Les jeunes ont désormais totalement intégré que « celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas » lors des soirées en boite de nuit. Une approche par l’encouragement qui a l’avantage de placer chacun devant ses responsabilités et qui a joué un rôle capital dans la baisse spectaculaire ces dernières années des accidents en sortie de discothèque.

Crédits : Westfrisco / Pixabay

Quid des salles de shoot ?

Autre exemple, plus contesté quoique tout aussi efficace, celui des salles de consommation à moindre risque, souvent surnommées « salles de shoot » par leurs détracteurs. Ces espaces médicalisés permettent aux toxicomanes de consommer leur drogue dans un cadre sécurisant à plusieurs titres.

Sécurisant parce que des professionnels de santé sont sur place et peuvent intervenir rapidement en cas d’overdose, mais également parce que des seringues neuves sont à disposition des consommateurs afin de réduire les risques de transmission de MST, mais aussi parce qu’en sortant la drogue de la rue, cela permet de limiter les violences (y compris sexuelles) dont sont souvent victimes les toxicomanes.

L’expérimentation d’une première salle de ce genre en 2016 dans le Xe arrondissement de Paris avait suscité un tollé de la droite et de l’extrême-droite prônant la tolérance zéro à l’égard de la drogue. Force est de constater que près de deux ans plus tard, les voix hostiles se sont tues, et que les premiers retours d’expérience sont extrêmement positifs.

« C’est un important progrès en termes de santé publique », s’est d’ailleurs réjoui le maire de l’arrondissement, Rémi Féraud, pour qui les 165 passages en moyenne par jour permettent d’effectuer 800 soins par an (pas toujours liés à des overdoses), des dépistages, des entretiens sociaux. Le tout avec 60% de seringues en moins retrouvées dans les rues du quartier.

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