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L’occurrence des feux de forêt et leur impact climatique avant l’ère industrielle auraient été largement sous-estimés

Crédits : MaxPixel

Une nouvelle étude indique que l’occurrence d’incendies à l’époque préindustrielle était comparable, voire même supérieure à celle de l’époque contemporaine. Ces résultats suggèrent ainsi que les émissions de particules fines associées et leur effet refroidissant sur la planète avant l’ère industrielle ont été sous-estimés. Ces nouvelles données ont des implications substantielles sur les impacts climatiques des émissions contemporaines de particules fines. En effet, ceux-ci auraient par conséquent été surestimés.

Les feux de forêt provoquent l’émission d’importantes quantités de particules fines dans l’atmosphère – visibles sous la forme de panaches de fumée – que l’on appelle des aérosols. Ceux-ci sont en mesure de refroidir le système climatique en réfléchissant directement le rayonnement solaire incident vers l’espace ou, indirectement, en augmentant l’albédo des nuages c’est-à-dire leur pouvoir réflecteur. La connaissance de l’évolution des incendies au cours des derniers siècles ainsi que dans les prochaines décennies est donc une pièce importante pour comprendre les changements climatiques passé et futur.

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient qu’avant la première révolution industrielle (avant ~1750), il y’avait bien moins de feux de forêt et donc que la quantité d’aérosols contenue dans l’atmosphère était bien moins élevée qu’actuellement. Une nouvelle recherche publiée dans Nature Communications vient toutefois renverser cette hypothèse. En analysant des archives paléo-environnementales, les chercheurs ont en effet montré que l’occurrence d’incendie avant 1750 était probablement du même ordre de grandeur qu’aujourd’hui et peut-être même plus importante – avec un pic centré autour de 1850.

Les quantités de particules émises à l’époque par les feux étaient donc plus importantes qu’estimées précédemment et, par conséquent, l’effet réfléchissant également. Selon l’étude, l’idée générale admise jusqu’à présent soutenait une atmosphère préindustrielle beaucoup trop pure. Cela suggère que l’effet refroidissant des aérosols d’origine anthropique* émis abondamment par l’industrie et le transport au cours des dernières décennies a été surestimé. En effet, si l’atmosphère préindustrielle était déjà riche en aérosols, la différence avec l’atmosphère actuelle est plus faible et donc l’effet refroidissant additionnel moins important. « Nous savons que les aérosols présents dans l’atmosphère ont toujours eu un impact significatif sur le climat, mais jusqu’à présent, l’influence qu’ils avaient historiquement était sous-estimée », indique Dr. Douglas Hamilton, auteur principal de l’étude.

Le papier publié ce 9 août indique une réduction possible des émissions d’aérosols en provenance des incendies de 45 à 70 % depuis la révolution industrielle. Ces résultats ont été obtenus grâce à de simulations climatiques prenant en compte les nouveaux résultats. « Dans les modèles climatiques mondiaux, il a été largement admis que les émissions d’aérosols provenant des incendies durant l’ère préindustrielle étaient inférieures à celles d’aujourd’hui, mais cela est basé sur une idée fausse selon laquelle les incendies de forêt augmentent avec la densité de population humaine », précise le co-auteur Ken Carslaw.

En effet, les observations sur les dernières décennies montrent qu’à l’échelle globale, la surface brûlée par des feux diminue à mesure que la population augmente. On peut se demander quelles en sont les causes. La réponse se trouve en grande partie dans les progrès fait en ce qui concerne la lutte contre les incendies ainsi qu’en ce qui se rapporte à la modification du paysage : la fragmentation des zones soumises au risque d’incendie par les routes et les habitations joue un rôle modérateur quant à la propagation d’un feu. Toutefois, le changement climatique pourrait être en train de renverser cette tendance en favorisant l’augmentation du nombre de départs de feux. Ainsi, pour mieux anticiper les risques futurs et les conséquences d’une hausse du nombre d’incendies sur le climat – via l’effet réfléchissant des aérosols, mais aussi via l’émission et le stockage de CO2 qui n’ont pas été abordés dans l’étude -, les modèles devront tenir compte de ces nouvelles données.

* À ne pas confondre avec les gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique – provenant également pour une large partie de l’activité industrielle – qui ont un effet réchauffant et qui, à l’échelle globale, surpasse l’effet refroidissant des aérosols, d’où le réchauffement climatique. En d’autres termes, ces derniers masquent une partie du réchauffement associé aux GES.

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