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En raison du changement climatique, le bois des arbres devient de moins en moins dense et ce n’est pas une bonne nouvelle

Crédits : Pixabay.

Si les arbres tendent à croître plus rapidement grâce au changement climatique et à former un volume de bois plus important, celui-ci est de moins en moins dense. C’est ce qu’a conclu une équipe de chercheurs ayant effectué plusieurs centaines de prélèvements en Europe. Ce bois moins dense implique que la séquestration additionnelle du carbone permise par l’augmentation de la croissance des arbres est potentiellement surestimée. Un bois moins dense est également plus fragile et moins calorifique, ce qui a des conséquences sur les secteurs de la construction et de l’énergie basés sur son utilisation.

Il existe désormais un ensemble grandissant de recherches mettant en évidence l’accélération de la dynamique de croissance des arbres, que ce soit en Europe ou à l’échelle globale. Cette tendance est notamment à relier aux différentes modifications environnementales découlant du changement climatique. Au premier abord, cela semble être une très bonne nouvelle. Effectivement, une accélération de la croissance des forêts conduit à une hausse du volume de matière végétale produite – en particulier le bois. Cela passe par une hausse de la capture de dioxyde de carbone dans l’atmosphère (CO2), acteur majeur du réchauffement planétaire. Toutefois, de récentes analyses faites par un groupe de chercheurs de l’Université technique de Munich viennent nuancer cette vision.

De précédents travaux avaient estimé la séquestration additionnelle de carbone causée par la hausse de la croissance forestière européenne en se basant sur l’hypothèse que la densité du bois produit restait constante. L’équipe de chercheurs a voulu vérifier si cette hypothèse était réaliste, d’autant plus que des publications avaient déjà mis en évidence que les propriétés du bois étaient fortement modulées par les variables climatiques. Pour ce faire, ils ont prélevé et analysé des échantillons de plusieurs centaines d’arbres en provenance d’une des plus anciennes parcelles forestières expérimentales, située en Europe. Les données obtenues couvrent ainsi une période de 150 ans – de 1870 jusqu’à nos jours. Les arbres échantillonnés sont caractéristiques des espèces européennes, comme le pin, le hêtre ou le chêne pour ne citer qu’eux. Chaque cerne a été analysé par un instrument de haute technologie : le LIGNOSTATION. « Ce faisant, nous mesurons le poids volumique du bois avec une précision et une résolution encore impensables jusqu’à tout récemment », précise Hans Pretzsch, auteur principal de l’étude. Au total, plus de 30 000 cernes ont été analysés.

Publiés ce 14 août, les résultats de l’équipe indiquent que le bois formé chaque année par les arbres échantillonnés est devenu de moins en moins dense au fil des décennies. Cette diminution de la densité s’échelonne de 8 à 12 % depuis 1900. À l’opposé, sur la même période, le volume produit annuellement a augmenté de 29 à 100 %. Les arbres produisent ainsi un volume de bois plus important de nos jours, mais celui-ci contient moins de matière qu’il y’a plusieurs décennies, du fait de sa plus faible densité. Les scientifiques ont cherché à identifier précisément les causes de ces variations. Ils ont d’abord évalué la part attribuable au fait que certaines espèces d’arbres tendent naturellement à produire un bois moins dense lorsque la croissance végétale est accélérée. Or, la prise en compte de cet effet ne suffit pas à expliquer les tendances obtenues, ce qui suggère que d’autres facteurs doivent intervenir.

L’équipe voit surtout dans les modifications des propriétés du bois les effets de l’augmentation de la température moyenne et de l’élargissement de la période végétative, ainsi que les conséquences des dépôts azotés en provenance de l’industrie, du transport et de l’agriculture. Ces résultats impliquent que les estimations de la séquestration de carbone par les forêts en Europe sont à l’évidence surestimées, à partir du moment où elles sont basées sur des hypothèses de densité de bois constante – ou sur des données trop anciennes. « La croissance forestière accélérée se traduit toujours par une séquestration nette de carbone. Mais l’estimation traditionnelle de cet effet pour les forêts du centre de l’Europe serait trop haute d’environ 10 millions de tonnes de carbone par an », explique Hans Pretzsch. Étant donné sa moindre solidité, un bois moins dense a également des conséquences néfastes sur la résistance des forêts aux vents ou aux chutes de neige. En outre, cela s’associe à des impacts certains sur le secteur de la construction et de l’énergie basés sur le bois. Lorsque ce dernier est moins dense, en plus d’être moins solide, il est également moins calorifique.

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