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L’inégalité entre pays riches et pays pauvres devrait s’accentuer face au changement climatique

Crédits : Hu O Reilly / flickr

Les pays pauvres qui ont  le moins participé aux émissions de gaz à effet de serre sont aussi ceux qui subissent le plus durement les effets du changement climatique qui en résulte. Une injustice climatique qui devrait aller en s’accentuant selon une nouvelle étude.

Un aspect important du réchauffement global est que ses conséquences dépendent fortement de l’endroit du globe où l’on se trouve. Le système atmosphère-océan est organisé suivant une structure très particulière, ce qui implique que les différentes latitudes jouissent de climats très contrastés : équatoriaux, tropicaux, désertiques, tempérés… Ceux de la zone intertropicale sont globalement plus « violents ». On pense notamment aux vents destructeurs et aux pluies torrentielles des ouragans, mais on citera aussi pour exemple la répartition temporelle des précipitations qui ne tombent qu’au cours d’une ou deux saisons des pluies. Une fois passées, elles laissent place à la saison sèche. Si au cours d’une ou plusieurs années une région manque la recharge salvatrice en eau, les conséquences peuvent être dramatiques. De ce fait, les latitudes tropicales où se situe – non sans rapports – l’essentiel des pays pauvres sont des régions vulnérables où les changements du climat deviennent très rapidement sensibles.

Une étude parue ce début mai dans la revue Science confirme un changement particulièrement défavorable pour ces régions. Elle s’est concentrée sur l’évolution attendue de la variabilité des températures* mensuelles en analysant les projections de 37 modèles simulant un réchauffement climatique marqué. Ce paramètre revêt un intérêt important, puisque les fluctuations de température dans les tropiques sont actuellement très corrélées à la production agricole, à l’économie et à la stabilité politique. Il inclut en outre les évolutions des extrêmes météorologiques à forts impacts sur les systèmes biologiques et la sécurité alimentaire tels que les vagues de chaleur ou les sécheresses.

Distribution d’eau potable au sud de l’Éthiopie après tarissement des sources naturelles suite à un manque de pluies. Crédits : Oxfam/flickr.

Les résultats indiquent qu’en moyenne annuelle, les fluctuations de température s’accentueront sur les continents tropicaux, où se trouve la majorité des pays pauvres. Cette augmentation irait de 10 à 15 % par degré de réchauffement global, les valeurs maximales se partageant entre l’Afrique australe, l’Amazonie, le Sahel et l’Asie du Sud-est. Cette hausse s’explique par l’effet de l’assèchement des sols pour les tropiques de l’hémisphère sud, et par une augmentation de la variabilité atmosphérique pour ceux de l’hémisphère nord. Aux moyennes et hautes latitudes – là où réside l’essentiel des pays développés – ces fluctuations seraient au contraire de moins en moins importantes, car en lien avec la diminution du gradient méridien de température et du recul de la banquise.

Le fait que les pays les plus pauvres ont peu participé aux émissions de gaz à effet de serre jusqu’à présent, mais ressentent plus fortement les effets néfastes du réchauffement a donné naissance au terme d’injustice climatique. Ces pays en cours de développement ont déjà du mal à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, et le bouleversement en cours établit une difficulté supplémentaire, que ce soit pour l’approvisionnement en eau et en nourriture, pour le secteur de la santé ou même la stabilité politique. L’inégalité déjà présente entre pays du nord et du sud tend à être accentuée par cette tendance. Dans cette optique, l’étude conclut avec la phrase suivante : « L’augmentation prévue de la variabilité de la température sur une grande partie des pays en voie de développement et la diminution de celle-ci sur une grande partie des pays développés pourraient avoir des conséquences sociales, économiques et écologiques substantielles s’ajoutant à l’inégalité des impacts associés au changement climatique ».

* Dans l’étude, l’évolution de cette variabilité est quantifiée par l’évolution de l’écart-type des températures mensuelles – une mesure de la dispersion des valeurs autour de la moyenne. Si la variabilité augmente, l’écart-type augmente et inversement.

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