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Les pieuvres viennent-elles de l’espace ?

Crédits : Wikimedia Commons / Pseudopanax

Un résumé de plusieurs décennies de recherches sur l’origine de la vie impliquant des virus spatiaux a récemment été publié. Une hypothèse qui pourrait selon les chercheurs expliquer l’étrangeté génomique des céphalopodes.

Un total de 33 chercheurs issus d’un large éventail d’universités et d’instituts de recherche réputés sont répertoriés dans cette étude publiée par Progress in Biophysics and Molecular Biology. Notez également que le papier a déjà été évalué par des pairs. L’écrivain et scientifique Stephen Fleischfresser approfondit ici l’histoire de deux des scientifiques les plus connus : Edward Steele et Chandra Wickramasinghe. Steele est un immunologiste déjà connu pour ses opinions sur l’évolution, qui repose pour lui sur l’acquisition de changements génétiques déterminés par l’influence de l’environnement – plutôt que par des mutations aléatoires. Cette pensée qu’il a formulée se nomme le méta-lamarckisme. Wickramasinghe, d’autre part, a eu une carrière un peu moins controversée, et a été reconnue pour confirmer empiriquement l’hypothèse de Sir Fred Hoyle décrivant la production de molécules de carbone complexes sur la poussière interstellaire.

Wickramasinghe et Hoyle étaient également auteurs d’une autre thèse de biologie spatiale, toutefois basée sur plus que les origines de la chimie organique. Celle-ci fait l’affirmation plutôt simple que la direction de l’évolution a été significativement affectée par une biochimie qui n’a pas « pris racine » sur notre planète. Selon les propres mots de Wickramasinghe, « les comètes portent et distribuent la vie dans le cosmos, et la vie sur Terre a surgi puis s’est développée à la suite des apports cométaires ».

Selon cette même idée, les événements précédents ne se limitent pas à un saupoudrage d’acides aminés venus de l’espace. Au contraire, ils comprennent des virus qui s’insèrent dans les organismes, poussant leur évolution dans de nouvelles directions. Ainsi, l’idée générale suggère qu’une pluie de rétrovirus extraterrestres aurait joué un rôle clé dans la diversification de la vie dans nos océans il y a environ un demi-milliard d’années. Cela aurait ajouté de nouvelles séquences d’ADN aux génomes terrestres et conduit à d’autres changements mutagènes dans les génomes somatiques et germinales. Les rétrovirus sont diaboliquement intelligents. Ils sont les principaux praticiens du transfert de gènes horizontal, intégrant leur propre matériel génétique dans le génome de l’hôte infecté pour produire plus de virus. Curieusement, s’ils infectent des cellules germinales, des spermatozoïdes ou des ovules, l’organisme transmettra par exemple le rétrovirus intégré, connu sous le nom de provirus, à leurs descendants. En d’autres termes, le matériel génétique acquis devient une partie de l’héritage de la progéniture.

Ceci étant dit, venons-en aux pieuvres. C’est en effet pendant cette période que les céphalopodes ont commencé à étirer leurs tentacules, se déclinant dans un éventail étonnant de tailles et de formes. Ils semblent également avoir évolué ainsi en un délai remarquablement court. La génétique de ces organismes, qui comprennent aujourd’hui les pieuvres, les calamars et les seiches, est aussi étrange que les animaux eux-mêmes. C’est notamment le cas à cause de leur capacité à modifier leur ADN à la volée. Les auteurs de l’article font ici l’affirmation plutôt audacieuse que ces bizarreries génétiques pourraient être un signe de vie de l’espace.

Pas de virus de l’espace cette fois, mais l’arrivée de génomes entiers cryogénisés qui auraient dégelé dans les océans alors tièdes. « Ainsi, la possibilité que des œufs de calmars et/ou de poulpes cryoconservés, arrivés dans des bolides glacés il y a plusieurs centaines de millions d’années n’est pas négligeable », écrivent-ils. Une idée aussi passionnante que provocante qui relance le débat sur la panspermie, même si le biologiste Denis Noble (cité de nombreuses fois dans l’étude) admet que « d’autres recherches seront nécessaires ».

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