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Pourquoi Uranus sent-elle le pet ?

Une aurore sur Uranus. Crédits : Hubble/ NASA/ ESA/ L. Lamy/ Observatoire de Paris

Les astronomes s’en doutaient un peu, et ils en ont aujourd’hui la preuve : Uranus sent mauvais. Les chercheurs annoncent en effet avoir détecté du sulfure d’hydrogène, le gaz qui donne aux œufs pourris – et aux flatulences – leur arôme distinctif.

Malgré des décennies d’observations, la composition des nuages ​​d’Uranus est longtemps restée difficile à cerner. Plus de trois milliards de kilomètres nous séparent de la septième planète du système solaire, après tout. Nous savons néanmoins qu’il y a du méthane dans l’atmosphère : il est inodore, mais confère à Uranus sa jolie couleur bleutée. Grâce à la sonde Voyager 2, nous savons aussi qu’il y a de l’hydrogène et de l’hélium. Mais la concentration d’autres composés tels que l’eau, l’ammoniac et le sulfure d’hydrogène a été plus difficile à déterminer. Uranus est en effet enveloppée d’une couche nuageuse, et le gaz formant ces nuages ​​se cache en dessous – seule une petite quantité persiste au-dessus des nuages.

Mais l’équipement et les techniques s’améliorent constamment. Une équipe internationale d’astronomes s’est récemment appuyée sur le puissant télescope Gemini pour scruter Uranus. Dirigée par le physicien Patrick Irwin, de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni, l’équipe de recherche a utilisé le spectromètre à champ proche infrarouge (NIFS) de 8 mètres du télescope pour effectuer l’analyse spectroscopique des nuages la plus détaillée ​​à ce jour.

Après avoir échantillonné la lumière du Soleil réfléchie d’une région juste au-dessus de la couche nuageuse visible, les chercheurs ont alors décelé la présence du fameux sulfure d’hydrogène. En faible quantité, certes, mais le gaz est bel et bien présent. Les chercheurs distinguent également Uranus des planètes gazeuses internes de notre système solaire – Jupiter et Saturne – qui ont beaucoup d’ammoniac dans leurs atmosphères, et pas d’hydrogène sulfuré au-dessus des nuages. Enfin ces nouveaux travaux pourraient nous fournir des indices sur Neptune, qui est similaire à Uranus sur le plan de la composition, mais qui évolue encore plus loin.

En outre, cette nouvelle étude pourrait nous en apprendre davantage sur la façon dont notre système solaire s’est formé en premier lieu. « Pendant la formation de notre système solaire, l’équilibre entre l’azote et le soufre (et donc l’ammoniac et le sulfure d’hydrogène nouvellement détecté) a été déterminé par la température et la localisation de la planète », explique le scientifique Leigh Fletcher, de l’Université de Leicester (Royaume-Uni). Cela signifie que les géantes gazeuses Saturne et Jupiter se sont probablement formées loin des planètes Uranus et Neptune – et elles se seraient toutes formées en dehors des planètes intérieures rocheuses comme Mercure, Vénus, Terre et Mars.

La prochaine génération de télescopes terrestres et spatiaux, tels que le télescope Giant Magellan et le télescope spatial James Webb, pourrait être en mesure d’obtenir un peu plus de détails sur les compositions atmosphériques de ces planètes. Cependant, pour une analyse vraiment détaillée, une sonde spatiale devrait être envoyée pour étudier Uranus. Ce pourrait être le cas en 2030, mais rien n’est encore établi.

Vous retrouverez tous les détails de cette étude dans la revue Nature Astronomy.

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