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La punaise de lit, cet envahisseur longtemps oublié qui signe son grand retour

Crédits : Janice Harney Carr, Center for Disease Control

Que ce soit les hôteliers, les collectivités ou encore les particuliers, tous semblent touchés par le phénomène ! Ces petits parasites ont tout d’un vampire si l’on omet leur caractère fictif. Là où d’autres insectes sont en quête de sucre et de saleté, les punaises de lit en ont après nous et plus particulièrement notre sang. On les avait oubliées après les années 50, mais elles signent leur grand retour depuis deux ans.

Mais que sait-on sur elles au juste et pourquoi le phénomène s’amplifie-t-il ? Focus sur un véritable problème de santé publique grâce auquel des professionnels et autres sites de vente de produits contre les nuisibles du type Produit-antinuisible.com (numéro un français accrédité par l’État) ont de beaux jours devant eux.

De quoi s’agit-il au juste ?

Des piqûres de punaises de lit reportées par le client d’un hôtel à Amsterdam –
Crédits : Wikimedia Commons/Hermann Luyken

Répondant au doux nom scientifique de Cimex Lectarius, la punaise de lit fait partie de la famille des cimicidés, sous-ordre des hétéroptères. Ces parasites de forme ovale peuvent vivre jusqu’à 24 mois, pondent jusqu’à 500 œufs (pour les femelles) et font entre trois et huit millimètres. Ils sont loin d’être invisibles bien qu’ils se tiennent cachés dans les endroits où l’on aime se reposer : canapé, matelas, sommiers, linge de lit… Une étude publiée dans Scientific Reports par le scientifique William Hentley et ses collègues de l’Université de Sheffield au Royaume-Uni a par ailleurs prouvé en 2017 que les punaises avaient une affection particulière pour les vêtements ayant été portés et qui traînent au coin du lit ou les bagages laissés dans la zone de couchage à l’hôtel.

Le sang humain représente environ 89 % de son alimentation. Elle pique l’humain jusqu’à cent fois par nuit, injectant au passage de la salive dans le sang afin d’éviter la coagulation. C’est cette même salive qui peut causer des démangeaisons, des infections ou des douleurs se manifestant par des piqûres semblables à celles des moustiques (les réactions sont plus ou moins manifestes selon les sujets). L’OMS a déclaré qu’en se basant sur les recherches ayant été menées sur le sujet, l’on peut penser que les punaises de lit ne transmettent pas de maladie.

Elles sont présentes dans le monde entier, mais les infestations sont plus particulièrement communes dans les pays en développement, notamment lorsque les conditions de vie sont mauvaises sur le plan sanitaire et qu’une surpopulation est constatée.

Comment se fait-il qu’elles prolifèrent en Europe, en Amérique et au Canada alors qu’elles s’étaient faites rares depuis 1950 ?

Vue dorsale et ventrale d’une punaise de lit sous l’œil d’un microscope – Crédits : Pixnio

Comme le rappelle Jean-Michel Michaux (vétérinaire) : « On avait réussi à l’éradiquer avec des insecticides désormais interdits pour des raisons environnementales. » En effet, dans les années 50, les foyers s’étaient débarrassés de la punaise de lit à l’aide du DDT, un insecticide efficace et pour le moins sans pitié et interdit de ce fait dans les années 70. La punaise est ensuite revenue dans les années 90 en Amérique en se montrant plus résistante que jamais aux insecticides. Patrick Burguet, entomologiste membre de la société d’histoire naturelle Alcide d’Orbigny (Puy-de-Dôme), note également avec regret que certains bons réflexes de l’époque se sont aussi perdus : « Les gens ne savent plus les reconnaître. On a aussi oublié quelques précautions : autrefois, on aérait les draps à la fenêtre, ce n’était pas pour rien. »

La punaise de lit se développe surtout grâce à son mode de déplacement. Elle ne peut pas voler comme d’autres et ne se déplace pas plus rapidement qu’une fourmi, mais pour s’installer chez vous, elle est capable de se glisser dans une valise pendant un voyage à l’étranger ou dans un vieux meuble ou d’autres objets achetés en brocante (matelas, livres…). Tout lieu à forte présence humaine est un lieu de prolifération potentielle (grande ville, hôtel, auberge de jeunesse, prison, train de nuit, dortoir…). En bref, elles sont là où les humains se concentrent et profitent de notre mode de vie actuel plus en mouvement avec la démocratisation des voyages lointains.

Des parasites qui font de plus en plus la une

Crédits : Piotr Naskrecki/Université de Harvard

Patrick Ozanian, commercial pour une société de protection et maintenance de patrimoine, souligne l’importance du phénomène : « Le nombre de cas a augmenté de 40 % en Île-de-France cette année. Et cela touche tout le monde, même de grands hôtels et palaces parisiens, où nous intervenons ». La Chambre syndicale désinfection, désinsectisation, dératisation (CS3D) estime à 200 000 le nombre de sites qui seraient touchés par ce fléau.

Les presses régionales relaient donc de plus en plus d’actualités en lien avec ce sujet, évoquant des immeubles entiers qui seraient touchés et le calvaire des habitants. Notons l’exemple du cas des urgences nantaises qui avaient fait l’objet d’une délocalisation sous une tente le temps de traiter le problème ou encore le multiplexe Kinepolis de Thionville qui avait dû fermer ses portes quelques jours ce mois-ci, des spectateurs s’étant plaints à répétition de démangeaisons liées à des piqûres de punaises. Nul doute que nous n’avons pas fini d’entendre parler d’elles…

La punaise de lit, cet envahisseur longtemps oublié qui signe son grand retour
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