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Les huîtres peuvent « entendre », même si elles n’ont pas d’oreilles

Crédits : iStock

Une étude récente menée par des chercheurs français suggère que les huîtres peuvent « entendre » dans l’océan. Cette « ouïe » pourrait même être courante chez les mollusques et autres créatures marines simples. Les problèmes de pollution sonore pourraient finalement affecter beaucoup plus d’espèces que prévu.

On savait déjà les huîtres sensibles aux variations de température, à la luminosité, et à la pollution chimique. Nous savons maintenant qu’elles sont également sensibles aux bruits. Jean-Charles Massabuau et son équipe, de l’Université de Bordeaux, ont en effet récemment placé 32 huîtres du Pacifique (Crassostrea gigas) dans des cuves avant de les exposer à une gamme de sons d’intensité variable, avec fréquences comprises entre 10 et 20 000 hertz. L’étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue PLOS ONE, suggère ici que les huîtres ont tendance à fermer leurs valves lorsqu’elles sont soumises à des fréquences comprises entre 10 et 1 000 hertz. Une attitude généralement observée lorsque nos chers mollusques font face à des contraintes ou à des menaces.

Les huîtres n’entendent pas comme nous le ferions. Elles sont dépourvues de système auditif. En revanche, elles seraient capables de percevoir les vibrations générées par les ondes sonores en utilisant un organe appelé « statokyste ». Selon Jean-Charles Massabuau, grâce à cet organe, les huîtres peuvent anticiper l’arrivée de l’eau de marée, grâce à laquelle elles se nourrissent. « Nos résultats montrent que dans les eaux peu profondes, les huîtres sont capables d’entendre les vagues et les courants d’eau », dit-il. « Elles peuvent alors s’ouvrir, prêtes pour l’arrivée de la marée ». Et de la nourriture qui l’accompagne, donc.

Les huîtres peuvent également entendre le son des courants créés lorsque les prédateurs s’approchent, notent les chercheurs. « Les homards ou les poissons, qui se nourrissent de jeunes huîtres, produisent des sons dans la gamme auditive des huîtres, s’ils sont assez proches », explique Massabuau. Mais notons également que les huîtres étaient les plus sensibles lorsque les fréquences étaient comprises entre 10 et 200 hertz. Ceux-ci sont généralement produits par le passage des navires, l’exploration des sols par des explosifs ou encore par les éoliennes. « Tous ces bruits peuvent embrouiller le paysage sonore des huîtres », explique le chercheur. En conséquence, ils pourraient ainsi confondre le bruit d’un navire avec celui de la marée, s’ouvrir ou se reproduire au mauvais moment. Le bruit pourrait également masquer l’approche des prédateurs.

Nous avons tendance à penser que la pollution sonore sous-marine n’affecte uniquement que les cétacés ou les dauphins, mais il semblerait que les mollusques, aussi « simples » soient-ils, soient également concernés. « Ces résultats confirment que, potentiellement, tout organisme marin capable de percevoir un son peut être affecté négativement par des sources sonores d’origine humaine, ce qui implique que la pollution sonore des océans est un problème mondial qui concerne l’ensemble de la chaîne alimentaire », explique de son côté Michel André, qui a participé aux recherches. En 2011, lui-même avait découvert que les poulpes mais aussi les pagures (bernard l’hermite) et les moules marines pouvaient également ressentir les vibrations sonores.

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