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Passionné d’alpinisme, il se lance un défi : gravir les 7 points culminants de chaque continent. Etape 1 : le Mont Elbrouz

Un jeune homme qui soulève des montagnes !

Hugo Haasser est un jeune français de 25 ans originaire de Thonon-Les-Bains, passionné par la montagne, avide d’altitude et de sports extrêmes, éprouvant ce besoin incessant de découvrir le monde sous un nouvel angle. Avec à son actif déjà 36 ascensions de plus de 4000 mètres (dont 4 fois le Mont Blanc), cet alpiniste amateur souhaite prendre encore plus de hauteur : il décide de partir à la conquête des 7 montagnes les plus hautes de chaque continent, un challenge baptisé « Les Seven Summits ». Relèvera-t-il le défi jusqu’au bout ? Rencontre avec ce mordu d’apesanteur, qui nous raconte sa première expédition.

Un rêve d’enfant, entre voyage et alpinisme

Cette passion pour l’ascension ne date pas d’hier. À 14 ans, Hugo attrape le virus de l’altitude : c’est en compagnie de son père qu’il commence à découvrir les joies de la randonnée en montagne, lui qui n’avait pourtant jamais aimé marcher jusque-là.

À 14 ans, j’ai commencé à apprécier la randonnée pédestre avec mon père, dans le massif de la Vanoise. Je pense que c’est à cette époque que j’ai attrapé le virus.

Depuis, ce jeune diplômé d’école de commerce n’a pas chômé, c’est le moins qu’on puisse dire ! En l’espace de quelques années, il a gravi 4 fois le Mont Blanc (4809m), dont une fois à ski, puis les 6 points culminants de plusieurs pays dont, entre autres, le Mont Fuji au Japon (3776 m) ou le Pico de Orizaba au Mexique (5740 m). Pas étonnant que le jeune homme veuille aller plus loin, après ça !

Les 7 summits, mon rêve d’altitude le plus cher : gravir le point culminant de chaque continent combine voyage et alpinisme, mes deux activités favorites. Conscient qu’il s’agit d’un projet onéreux et difficile, j’espère pouvoir le mener à bien.

Au sommet du Mont Blanc/Crédits : Hugo Haasser

Première ascension :  le Mont Elbrouz

Pour commencer les hostilités, Hugo décide de s’attaquer au mont Elbrouz, le premier point culminant de sa liste audacieuse. C’est donc en mai dernier qu’il part direction la Russie, à la rencontre de cette montagne pas comme les autres. Avec ses 5 642 mètres, celle-ci constitue tout de même le plus haut sommet de la Russie, du Caucase, mais aussi d’Europe. Recouvert de plusieurs glaciers, cet ancien volcan connaît des conditions climatiques capricieuses, qui peuvent en rendre l’ascension difficile. Néanmoins, le paysage en vaut le détour, et la voie d’ascension sur le versant nord de la montagne est réputée pour être magnifiquement sauvage, avec une faune et une flore riches, protégées par un parc national depuis 1986.

Mer de nuages sur la Géorgie/Crédits : Hugo Haasser

À cause d’un créneau météo trop court pour se lancer sur la face nord, notre alpiniste amateur décide d’emprunter la face sud.

La face sud se présente comme l’itinéraire le plus simple et le plus court pour atteindre le sommet. Mais les nombreuses remontées mécaniques et refuges présents sur la voie rendent les lieux bien moins esthétiques.

Accompagné de l’un de ses amis, Xavier, Hugo chausse ses skis de rando le lendemain de son arrivée en Russie, pour faire un repérage de lieux, ou plutôt, une acclimatation, empruntant pour cela un vieux télésiège à 2500 mètres.

À ces hauteurs, je constate que les températures sont bien plus élevées que dans les Alpes.

À 3601 mètres d’altitude, le temps se fait de plus en plus capricieux, mais le retour se passe sans encombre.

Acclimatation à plus de 4800 mètres/Crédits : Hugo Haasser

Le jour tant attendu est enfin arrivé et il est temps pour les deux amis de prendre la route, chargés comme des mulets ! Arrivés en ski à la station de Mir qui s’élève à 3470 mètres, l’itinéraire se découvre enfin : le toit de l’Europe s’offre sous leurs yeux ébahis. C’est en 13 heures environ que les deux grimpeurs gagnent le refuge des Barrels, après avoir croisé de nombreuses personnes sur leur chemin.

Nous entrons dans une bâtisse en taule arrondie peinte aux couleurs de la Russie. Le confort y est primaire mais les lieux sont chauffés, un soulagement ! C’est à cet instant que le gardien, sorti de nulle part, nous rattrape, et nous demande 4000 roubles pour deux nuits.

Refuge des Barrels/Crédits : Hugo Haasser

Mais c’est au quatrième jour que l’ascension à proprement parler commence : à une heure du matin, l’excitation est à son comble, et les conditions atmosphériques, parfaites.

Le lever de soleil, dont nous sommes témoins vers 4600 mètres, est magique mais glacial. La Grande Ourse disparaît peu à peu. Les températures doivent désormais avoisiner les -30 degrés.

Après quelques heures, la progression commence à se faire très douloureuse et le manque d’oxygène se faisant grandement ressentir. Pentes de neige à 5200 mètres et charges lourdes, Hugo évolue doucement, mais sûrement. Enfin, à 11 heures et 15 minutes exactement, le toit de l’Europe s’offre à lui, ému par la beauté qu’elle révèle, au-dessous.

Au sommet du Mont Elbrouz/Crédits : Hugo Haasser

Témoignage

Nous avons recueilli le témoignage d’Hugo à froid, quelques mois après sa première ascension :

Comment s’est passée globalement cette première ascension ?

Elle s’est très bien déroulée. Nous avons décidé de tenter l’Elbrouz en ski de randonnée, afin de pouvoir le skier à la descente. Un défi supplémentaire physiquement, car le matériel porté à la montée est plus conséquent qu’à pied. Nous sommes arrivés dans le Caucase, au sud de la Russie, le samedi 13 mai 2017 au soir. Le dimanche matin, nous avons gravi le Cheget Peak (3601 m), montagne voisine de l’Elbrouz, dans un but d’acclimatation. C’est le lendemain que nous avons débuté la véritable ascension du toit de l’Europe, avec la montée aux refuges des Barrels (3800 m). Le mardi, nous avons continué notre processus d’acclimatation jusqu’à 4800 mètres, puis sommes redescendus aux gites. Le mercredi, contre toute attente, nous avons eu un créneau météo formidable. Le départ a été donné avant les deux heures du matin. Le sommet était sous nos pieds à 11 heures et quart. Sur le plan météorologique, c’est une montagne capricieuse où les tempêtes sont monnaie courante et où les températures peuvent tomber très bas. Nous avons atteint le sommet par beau temps, une chance ! Sur le plan physique, nous étions bien entraînés, la souffrance a été grandement diminuée.

Pourquoi avoir commencé par le mont Elbrouz ?

Le Mont Elbrouz constitue le sommet le plus abordable à tout point de vue. C’est déjà un voyage raisonnable financièrement. De plus, c’est une expédition assez courte. Si les conditions sont bonnes et si l’acclimatation est réalisée au préalable, l’Elbrouz peut s’atteindre en deux jours par le versant sud. Il s’agit donc d’une introduction idéale aux expéditions à haute altitude !

Au sommet du Mont Elbrouz / Crédits : Hugo Haasser

Avez-vous ressenti des moments de peur, de doute ?

Je n’ai pas ressenti de peur durant ce voyage. Par contre, de doute, oui, et à de nombreuses reprises. Premièrement, les prévisions météo n’étaient pas optimales à notre arrivée. Heureusement, elles se sont trompées sur toute la ligne. De plus, le mardi soir, la veille du sommet, une tempête s’est abattue sur nous. Beaucoup de neige fraîche s’est installée sur les flancs de la montagne. Une traversée assez raide doit être réalisée sous le sommet oriental pour atteindre un col. Ce dernier est un passage obligatoire pour atteindre le sommet ouest, le plus haut. Nous ne savions pas s’il était sage de s’y aventurer, des avalanches pouvant se décrocher à cet endroit. Une fois sur place, nous avons vu que ça ne craignait rien et que la nivologie était stable.

Qu’est-ce qui a été le plus dur ?

Le plus difficile a été les 200 derniers mètres de dénivelé. Arrivés au col entre les deux sommets, à 5416 mètres d’altitude, nous avons fait une longue pause. Ayant déjà neuf heures d’ascension dans les jambes, skis aux pieds, la fatigue devenait intense. Nous avons décidé de laisser nos sacs à dos et nos skis au col, pour finir de monter le plus léger possible. En amont, il était nécessaire de s’arrêter toutes les 30 secondes pour souffler. Quel bonheur de voir enfin les derniers mètres qui se dessinent droit devant, et de se dire que le sommet est proche !

Quel a été votre moment préféré ?

Mon moment préféré a été le lever de soleil, à plus de 5000 mètres d’altitude. La chaîne du Caucase s’est illuminée derrière nous petit à petit, un spectacle grandiose ! Malgré les -35 degrés qui régnaient, j’étais très heureux d’avoir assisté à un tel panorama. Je retiendrais tout particulièrement cette mer de nuages au petit matin, transpercée par les hautes cimes. L’Ushba, montagne élancée de Géorgie, était magnifique !

Est-ce le physique qui lâche avant le mental ou le contraire ?

L’alpinisme est un sport autant difficile physiquement que mentalement. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans cette discipline. Sans réelle motivation, chaque sommet serait un calvaire insurmontable. Selon moi, sur de grandes ascensions, le corps lâche très souvent avant le mental. À haute altitude, ce paramètre doit être sans faille. Malgré un entrainement physique conséquent, c’est avant tout mon mental qui m’a poussé sur le toit de l’Europe.

Avez-vous fait de belles rencontres ?

Au refuge des Barrels, nous avons sympathisé avec un norvégien, avec qui nous avons aussi partagé l’ascension, et la nourriture ! Ce fut une très belle rencontre, pleine d’humanisme. Nous avons également rencontré un couple de Français, ayant emporté avec eux du fromage de Tignes et du vin rouge ! À 3800 mètres d’altitude, au fin fond de la Russie, ce fut avec grand plaisir que nous avons pu redécouvrir les délices de la gastronomie française !

Etes-vous confiant pour la suite de l’aventure ?

Je suis confiant, même si je sais qu’il me reste le plus gros à faire. L’Everest et le Vinson sont selon moi, les cimes les plus difficiles à gravir. Sans parler du côté financier, l’Everest reste un réel défi physique, non sans risque. Quant au Vinson, perché au milieu de l’Antarctique, rares sont les voyages qui s’organisent sur ses flancs. Logistiquement parlant, je pense que ça va être un vrai casse-tête.

Quelle est la prochaine étape ?

La prochaine étape de mon défi se déroulera en Tanzanie, sur les pentes du Kilimandjaro (5895 m). Je prends d’ailleurs l’avion cette semaine pour tenter ma chance. En janvier 2018, si j’ai le temps et l’argent, j’aimerais gravir l’Aconcagua (6962 m), point culminant de l’Amérique du Sud.

Revivez en détail l’ascension d’Hugo Haasser sur son blog, L’Instant du Sommet ou sur sa page Facebook.