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Les traces d’un ancêtre “fantôme” dans la salive

Crédits : Bob Wilder/Université de Buffalo

Dans la salive, une équipe de chercheurs annonce avoir découvert des indices selon lesquels une espèce d’homme archaïque « fantôme » aurait déposé un peu de son matériel génétique aux ancêtres des personnes vivant dans l’actuelle Afrique subsaharienne.

Nous savons depuis quelques mois que nous avons tous quelque chose en nous de Neandertal. Du matériel génétique déposé par notre ancien cousin après s’être accouplé avec les premiers Hommes modernes en quelque sorte. Mais ce rapprochement fut-il accidentel, à l’époque ? Ou était-ce la norme ? Cette nouvelle étude penche pour la seconde option, s’ajoutant au nombre croissant de preuves suggérant que les rendez-vous sexuels entre différentes espèces humaines archaïques n’étaient visiblement pas inhabituels.

Des études passées ont en effet conclu que les ancêtres des humains modernes en Asie et en Europe s’étaient croisés avec d’autres espèces précoces, y compris les Neandertaliens et les Denisoviens. De nouvelles analyses génétiques suggèrent qu’une autre espèce inconnue était également de la partie, laissant un peu de son matériel génétique dans notre salive. « Il semble que le croisement entre différentes espèces d’hominidés précoces n’était pas exceptionnel, c’était la norme », explique le biologiste Omer Gokcumen, du College of Arts and Sciences de l’Université d’État de New York à Buffalo.

Les chercheurs ont ici retracé l’histoire d’une importante protéine de mucine appelée MUC7 qui se trouve dans la salive. C’est cette protéine qui confère à notre salive sa consistance, nous permettant de nous protéger contre des agressions d’origine endogène ou exogène. En examinant l’histoire du gène qui code la protéine, Gokcumen et son équipe ont identifié la signature d’un mélange archaïque dans les populations modernes d’Afrique subsaharienne. En termes moins cliniques, il y a eu coït. Les résultats de cette étude ont été publiés le 21 juillet dans la revue Molecular Biology and Evolution.

Crédits : iStock

Dans le cadre de cette enquête, l’équipe a examiné le gène MUC7 dans plus de 2 500 génomes humains modernes. L’analyse a donné lieu à une véritable surprise : un groupe de génomes d’Afrique subsaharienne possédait une version du gène qui était très différente des versions trouvées chez les autres humains modernes. La variante subsaharienne était tellement distinctive que les gènes MUC7 de Neandertal et Denisovan correspondaient plus étroitement à ceux d’autres humains modernes que l’affranchissement subsaharien.

« Sur la base de notre analyse, l’explication la plus plausible pour cette variation génétique est l’introgression archaïque — l’introduction de matériel génétique à partir d’une espèce “d’hominidés anciens” », explique le chercheur. « Ce parent humain inconnu pourrait être une espèce déjà découverte comme une sous-espèce d’Homo Erectus ou un hominidé encore inconnu. Dans tous les cas, nous n’avons à ce jour aucun fossile, c’est pourquoi nous l’appelons “espèce fantôme” ».

Compte tenu du taux de mutation des gènes au cours de l’évolution, l’équipe a calculé que les ancêtres des personnes qui portent le variant subsaharien MUC7 se sont croisés avec une autre espèce humaine ancienne il y a environ 150 000 ans, après que les deux chemins évolutifs se soient séparés il y a environ 1,5 à 2 millions d’années.

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