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Des bactéries poilues “sorties de nulle part” après une éruption volcanique

Crédits : NOAA/National Science Foundation

D’étranges bactéries à fourrure ont été aperçues en train de coloniser la surface d’un volcan sous-marin près des îles Canaries juste après une éruption à 130 mètres de profondeur.

L’éruption du volcan Tagoro en octobre 2011, à 1 800 mètres au sud du port de la Restinga sur l’île d’El Hierro (archipel des Canaries), a produit en six mois un édifice volcanique sous-marin de 312 mètres de hauteur, dont le sommet est à 89 mètres sous la surface marine. Sous l’eau, sa base est de forme subcirculaire et s’étend par contre jusqu’à 738 mètres. De telles éruptions, tout comme celles qui se produisent sur terre, anéantissent normalement toutes les formes de vie proches, dans ce cas précis sur environ neuf kilomètres carrés. Mais la vie est robuste et qui va à la chasse perd sa place comme en témoigne cette étrange découverte rapportée dans la revue Nature Ecology & Evolution.

En 2014, soit environ trois ans après l’éruption qui remodelait neuf kilomètres carrés de fond marin, des chercheurs ont exploré la région via un sous-marin robotique équipé de caméras et de bras pour recueillir des échantillons. Des colonies de bactéries à fourrure blanche ont alors été repérées à environ 130 mètres sous la surface. À leur grande surprise, ils trouvèrent le volcan recouvert de ce qui ressemblait à des cheveux blancs. Ils ont utilisé des échantillons recueillis qu’ils ont ensuite analysés en laboratoire.

« Quelque chose de très étrange nous apparaissait : une jolie couverture de filaments blancs très longs, et très inhabituels. C’était la première fois que nous observions quelque chose comme ça », se souvient Roberto Danovaro, de l’Université Polytechnique de Marche, en Italie. Chaque filament mesurait jusqu’à 3 centimètres de long pour environ 36 à 90 micromètres de large. (À titre de référence, les cheveux humains ont entre 17 et 180 micromètres de large). Ces bactéries ont été baptisées « les cheveux de Vénus », rappelant la peinture de Botticelli de la déesse Vénus sortant de la mer.

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L’analyse génétique a notamment montré que ces bactéries étaient très différentes de tous les autres microbes connus. Selon Danovaro, le plus frappant était la quantité de fonctions métaboliques permettant aux bactéries de se développer dans un environnement aussi hostile. En temps normal, la plupart des organismes sont tués par le sulfure d’hydrogène qui s’échappe des roches en fusion. Pour elle, c’est une source d’énergie tout comme pour les bactéries qui poussent autour des évents hydrothermiques.

Les chercheurs ne peuvent pas dire avec certitude combien de temps après l’apparition ces bactéries ont investi les lieux, mais ils soupçonnent que l’emménagement s’est produit dès que la température a commencé à chuter, passant sous la barre des 100 °C. D’où viennent-ils ? Les chercheurs l’ignorent : « Ces organismes sortent de nulle part », s’étonne Roberto Danovaro qui pense que ces bactéries pourraient par contre nous aider à imaginer ce à quoi ressemblait la vie dans l’océan primordial il y a des milliards d’années, quand les éruptions volcaniques sous-marines étaient beaucoup plus fréquentes.

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