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Suisse : une société transforme les cendres des morts en diamants

Crédits : Aenigmatis-3D / Pixabay

Depuis une dizaine d’années, une société pas comme les autres transforme les cendres des défunts en diamants. L’industrie du « diamant humain » devient un marché en essor à travers le monde et suscite un certain engouement.

« Mon mari serait ravi s’il pouvait se voir ainsi », déclare Uschi Völker en admirant le caillou ornant sa bague, issu des cendres de son époux.

Cette personne est une cliente d’Algordanza, une société suisse basée à Coire dans le canton des Grisons. Fondée en 2004, Algordanza (« souvenir » en romanche) est spécialisée dans la création de diamants à partir de cendres d’êtres humains, extraites des quelque 40 à 50 urnes reçues du monde entier chaque mois.

« Il faut au minimum 500 grammes de cendres pour produire un diamant, et la crémation du corps en génère environ 2,5 kilos » selon Rinaldo Willy, un des deux cofondateurs de l’entreprise.

Un caillou dont la couleur peut généralement varier entre le blanc et le bleu foncé en fonction du mode de vie du défunt. Vie à la campagne ou à la ville, alimentation, prise de médicaments sont des critères pouvant influencer la couleur. Il est possible d’y inscrire un message de 75 caractères maximum, uniquement lisible au microscope. Voici donc le « Diamant du souvenir ». Mais comment l’obtient-on ?

« Nous transformons le carbone contenu dans les restes du défunt en graphite. Celui-ci est ensuite chauffé à plus de 1300° et soumis à une pression de 55 gigapascals, ce qui le métamorphose en diamant », explique Rinaldo Willy.

Le procédé, dont le premier projet remonte aux années 50, est identique à celui utilisé pour créer des diamants synthétiques, et ce en quelques semaines. Ainsi, « L’ADN brûle » selon Rinaldo Willy, alors que « l’empreinte chimique » des cendres est déterminée à leur arrivée au laboratoire permettant de générer de l’information afin de pouvoir retrouver l’origine du produit fini :

« Dès l’arrivée des cendres, une analyse est effectuée. Cela permet d’avoir une empreinte chimique, un peu comme les empreintes digitales, car il n’existe pas de cendres identiques. La traçabilité est contrôlée tout au long du processus. Un certificat et un protocole d’analyse sont remis en même temps que le diamant » explique Yrsa Baehr, responsable d’Algordanza France.

Une opération qui aura coûté entre 4.500 et 17.000 francs suisses, soit 2.800 à 10.600 euros. La société exporte dans 23 pays (trois continents). Des concurrents se sont installés en Espagne, en Russie, en Ukraine et aux États-Unis traduisant un essor de ce marché bien qu’Algordanza reste pionnier et leader.

« Près de 90 % de nos diamants sont exportés, surtout vers l’Allemagne, le Japon, l’Autriche et Hongkong », poursuit Rinaldo Willy, communiquant sur l’importance du label « Swiss made » qui certifie les produits.

Rinaldo Willy souligne également certaines spécificités existantes concernant la religion :

« Nous avons aussi beaucoup de catholiques parmi nos clients qui, contrairement aux protestants, ne trouvent pas étrange de célébrer leurs morts et ont une longue tradition de reliques. »

Au Japon, le culte des ancêtres shintoïstes et bouddhistes implique un engouement pour les diamants funéraires. Une forme de recyclage originale pouvant paraitre excentrique alors que certaines familles ne peuvent pas toujours se payer un enterrement.

Sources : Le NouvellisteLe MatinLibérationLa Dépêche

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