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Un pas de géant contre le cancer franchi par la chercheuse Dominique Joubert Floch

Crédits : Dominique-Joubert-Floch- Decodelab

La rédaction de Science Post a souhaité en apprendre davantage sur une découverte médicale qui pourrait changer le monde, en le rendant moins vulnérable face au cancer grâce à un nouveau test de dépistage très efficace. Cette découverte réalisée par des chercheurs en oncologie concerne la Progastrine, « un bio marqueur pluri-cancer ». Comment fonctionne-t-elle ? Qui sont les auteurs de cette étude ?

Sur 3 tests de dépistage, Decode Lab serait le plus fiable

Le document confidentiel que nous nous sommes procurés fait état d’un tableau comparatif des performances entre trois tests de dépistage du cancer. Sur ces trois tests, « Decode Lab » serait le plus fiable pour deux raisons non négligeables : d’une part, il serait capable de détecter un cancer dès les tous premiers stades de son évolution, y compris au stade 0. D’autre part, il pourrait détecter plus de 15 types de cancers avec un seul prélèvement.

Si ce test pouvait être généralisé, il s’agirait d’une avance majeure dans l’Histoire de la médecine car il permettrait des dépistages plus précoces, à des stades où les tumeurs ne constituent pas encore de risques graves pour la vie des patients et où l’opération chirurgicale est souvent encore possible.

Le taux de mortalité par cancer pourrait ainsi diminuer significativement dans le monde.

Crédits : Ecs Screening

Une chercheuse française à l’origine de cette nouvelle découverte

Après quelques recherches, on découvre que c’est Dominique Joubert-Floch, chercheuse française en biologie, et son équipe, qui sont à l’origine de cette découverte. De nombreuses années de travaux et de recherches ont été nécessaires avant de pouvoir commencer des essais cliniques pour ce nouveau test de dépistage, avec le soutien de la société suisse ECS Screening.

A la lecture de la biographie de la chercheuse, on est forcé de réaliser que sa découverte est très sérieuse et s’appuie sur des recherches poussées.

Après des études en physiques à l’université des Sciences de Rennes, Dominique Joubert Floch se réoriente en biologie pour devenir chercheuse sur la matière vivante. Ses expériences professionnelles sont nombreuses : chercheuse au laboratoire de Jean Racadot à la Pitié-Salpétrière, puis au Karolinska Institut de Stockholm, en Suède, où elle développe des travaux sur la prostate hyperplasique humaine. Une fois rentrée en France, elle rejoint l’unité de recherche de l’Inserm sur la physiopathologie de l’hypophyse humaine et travaille sur les altérations des tumeurs de cet organe.

La chercheuse part ensuite pour la Californie où elle travaille sur la génération d’anticorps dans le laboratoire de Richard Weiner à San Francisco. Après être retournée à Paris, elle rejoint le Centre CNRS Inserm de Pharmacologie Endocrinologie à Montpellier en 1991 pour diriger une équipe dédiée à l’analyse des voies de signalisation dans la cellule tumorale. Lorsque ce centre est renommé « Institut de Génomique Fonctionnelle », elle y crée le département d’Oncologie.

Dès 2003, Dominique Joubert Floch a trouvé les bases de sa découverte, lui permettant de créer l’entreprise de biotechnologie BioRéalités en 2007, avec son mari Jean-François Floch.  Ne pouvant plus concilier les deux, elle quitte son rôle de directrice du département d’Oncologie en 2011 pour se concentrer sur la direction scientifique de l’entreprise, au développement d’une nouvelle thérapie contre le cancer et à la mise au point d’un test de dépistage précoce du cancer.

En quoi consiste cette découverte ?

Crédits : Ecs-screening

Les travaux de la chercheuse ont toujours porté sur le cancer et les altérations des mécanismes physiologiques dans les cellules tumorales, ainsi que sur le cancer colorectal et les tumeurs de l’hypophyse.

Lorsqu’une cellule passe de l’état normal à l’état tumoral, de nombreux mécanismes sont altérés mais l’un d’eux est toujours activé quel que soit l’organe, c’est la voie oncogénique Wnt. L’activation de cette voie Wnt entraîne l’expression de certaines protéines impliquées dans la prolifération des cellules tumorales et l’implantation des métastases, et notamment de la Progastrine. La progastrine est produite par certaines cellules de l’estomac, qui « maturent » la protéine en gastrine, une hormone indispensable à la digestion. Mais lorsqu’il y a une tumeur, la progastrine est sécrétée par les cellules tumorales. Elle devient détectable dans le sang. Et de plus, étant donné que la prograstine est indispensable au maintien de l’activité de la voie Wnt, à la survie et au développement des cellules cancéreuses, comme les cellules souches cancéreuses, à l’origine de la tumeur, la progastrine devient une cible thérapeutique de choix.

Cette découverte a mené Dominique Joubert Floch à une autre hypothèse : si la progastrine a un effet sur la cellule tumorale une fois sécrétée à l’extérieur de cette cellule, il est possible de la neutraliser avec un anticorps spécifique. Une nouvelle stratégie thérapeutique contre le cancer est alors proposée.

Après trois années de travail avec son équipe pour comprendre l’importance de la progastrine dans le diagnostic et le traitement du cancer, la chercheuse a fait déposer un premier brevet par ses organismes de tutelle (Inserm, CNRS, Université de Montpellier et CHU de Nîmes) en 2006. Dans le cadre d’essais, deux ans plus tard, en 2008, de la progastrine est retrouvée dans plusieurs prélèvements provenant de patients atteints d’autres formes de cancer que le cancer colorectal.

Aujourd’hui, le test DecodeLab permettrait de détecter 15 types de cancers.

Bientôt une nouvelle thérapie efficace ?

Il a fallu se battre pour en arriver là. La chercheuse et son mari ont créé un fonds d’investissement, ce qui leur permet de rechercher des contributeurs. Ils ont mis en place une équipe qui travaille sur une nouvelle thérapie et ont commencé l’industrialisation du test avec le marquage CE. La chercheuse part également à la rencontre de médecins hospitaliers dans le monde pour organiser des essais cliniques.

Par ailleurs, la création d’une société commerciale en Suisse était nécessaire pour que les partenaires aient confiance et signent des contrats dans un cadre légal. Il semble donc que tout ait été mis en oeuvre par cette équipe de chercheurs pour que Decode Lab devienne le test sanguin universel d’aide à la détection précoce des cancers. Les essais cliniques en cours continuent de prouver que la détection de la progastrine dans le sang est une méthode fiable pour diagnostiquer rapidement le cancer.

Alors qu’une personne sur deux sera confrontée au cancer dans sa vie selon une étude scientifique, ce test pourrait bien représenter l’un des plus grands espoirs du 21ème siècle !

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