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Ce que des traces nous révèlent sur la vie d’enfants il y a 700 000 ans

Crédits : Matthew Bennett

Qu’est ce que c’était que d’être un enfant il y a 700 000 ans ? La découverte en Éthiopie de traces d’enfants d’une espèce d’hominidés aujourd’hui éteinte nous dépeint une scène révélatrice, bien différente (forcément) de celles généralement observées de nos jours dans nos sociétés occidentales.

Nous avons aujourd’hui une vision assez spécifique de ce que devrait être le rôle parental : protéger, instruire, et éduquer pour assurer le respect. Cependant, les perceptions de l’enfance varient grandement selon la géographie, la culture et l’époque. Comment était-ce, par exemple, d’être un enfant dans la préhistoire – en l’absence de jouets, de tablettes et de télévision ? La découverte en Éthiopie d’empreintes d’enfants vieilles de 700 000 ans pourrait nous fournir quelques réponses.

Ces empreintes, découvertes dans la vallée de l’Awash au sud de l’Éthiopie, ont probablement été laissées par les jeunes membres d’une espèce éteinte – Homo heidelbergensis (il y a 600 000 à 200 000 ans). Des empreintes d’adultes ont également été découvertes, ainsi qu’une abondance de traces d’animaux rassemblées autour d’une petite mare boueuse. Des outils en pierre et les restes d’un hippopotame ont également été retrouvés. Le tout, peut-on lire dans Scientific Reports, était recouvert d’un film de cendres provenant d’un volcan voisin, daté à environ 700 000 ans. Les cendres ont été déposées peu de temps après le passage de ces hominidés nous dit-on, bien que nous ne sachions pas exactement quand.

Vue d’ensemble des traces de pas d’adultes et de jeunes enfants retrouvées en Éthiopie. 
Crédits : Matthew Bennett

Certaines de ces traces semblent avoir été laissées par des enfants d’un ou deux ans, se déplaçant debout dans la boue, pendant que leurs parents et leurs frères et sœurs plus âgés poursuivaient leurs activités. Celles-ci comprenaient le taillage des outils de pierre avec lesquels ils ont probablement attaqué la carcasse de l’hippopotame. Ces traces nous donnent ainsi un aperçu unique et momentané de ce à quoi pouvait ressembler l’enfance à cette époque. Ici, pas de baby-sitter ou de crèche. Dans les rudes plaines de savane de la vallée du Rift en Afrique de l’Est, il était en effet naturel d’amener les enfants sur les lieux de telles tâches quotidiennes, peut-être dans le but qu’ils observent et apprennent.

Si nous imaginons la scène à Melka Kunture, nous pourrions alors penser à ces enfants observant le dépeçage de l’animal. Peut-être ont-ils également été autorisés à manipuler des outils en pierre et à exercer leurs compétences sur des morceaux de carcasse abandonnés, tout en restant à l’écart des adultes occupés ? Une sorte de salle de classe, dont le programme d’acquisition ne consistait non pas à faire des maths, mais à comprendre les principes élémentaires de survie. Il n’y aurait finalement à l’époque eu que peu de temps ou d’espace pour être simplement un enfant, dans le sens où nous le reconnaîtrions aujourd’hui. Et ce fut probablement encore le cas pendant très longtemps.

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