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« L’effet sanskrit » : En lisant ces textes anciens, vous pouvez améliorer votre mémoire

Crédits : Flickr / romana klee

Mémoriser des mantras sanskrits peut aider à augmenter la taille des régions du cerveau associées à la fonction cognitive, y compris la mémoire et les capacités de réflexion, révèle un rapport publié dans Scientific American.

Une centaine de jeunes hommes vêtus de dhoti – un vêtement traditionnel hindou – étaient assis par terre, raconte James Hartzell, chercheur postdoctoral au Centre basque sur la cognition, le cerveau et la langue basé en Espagne, et consultant pour le Centre d’études bouddhistes de l’Université de Columbia à New York. « Sur un signe du professeur, la salle s’est alors tue. Puis ils ont commencé la récitation. Sans aucune pause ou erreur, entièrement de mémoire, un côté de la pièce a entonné une ligne du texte, puis l’autre côté de la pièce a répondu avec la ligne suivante. Des voix de basse et de baryton remplissaient le hall. L’effet était hypnotique. Après 20 minutes, ils s’arrêtèrent, à l’unisson. C’était juste une démonstration », dit-il. « La récitation complète d’un des plus anciens textes sanskrits de l’Inde, le Shukla Yajurveda, prend six heures ».

Le chercheur a passé de nombreuses années à étudier et à traduire le sanskrit, « fasciné par son impact apparent sur l’esprit et la mémoire ». Dans les anciennes méthodes d’apprentissage indiennes, la mémorisation textuelle est la norme : les érudits traditionnels, ou pandits, maîtrisent de nombreux types de textes de poésie et de prose en sanskrit. Et la tradition veut que la mémorisation et la récitation exactes des phrases et des mots anciens, connus sous le nom de mantras, renforcent à la fois la mémoire et la pensée. Alors, existe-t-il réellement un « effet sanskrit » ?

Lorsqu’il a intégré le programme de doctorat en neurosciences cognitives à l’Université de Trente (Italie) en 2011, James Hartzell a alors eu l’occasion d’étudier la question. « En Inde, les pandits s’entraînent pendant des années à mémoriser oralement et à réciter des textes de 3 000 ans, allant de 40 000 à plus de 100 000 mots », dit-il. « Nous voulions savoir comment un entraînement si intense de la mémoire verbale affecte la structure physique de leur cerveau ». Pour tenter d’y voir un peu plus clair, des pandits védiques professionnels ont été moblilisés. Hartzell et son équipe se sont alors appuyés sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM) du National Brain Research Center en Inde pour scanner le cerveau des sujets.

« Ce que nous avons découvert à partir du balayage IRM structurel était remarquable », explique le chercheur. « De nombreuses régions dans le cerveau des pandits étaient considérablement plus grandes que celles des témoins, avec de 10 % de plus de matière grise dans les deux hémisphères cérébraux, et des augmentations substantielles de l’épaisseur corticale ».

Le plus intéressant était que l’hippocampe droit des pandits – une région du cerveau qui joue un rôle vital dans la mémoire à court et à long terme – avait plus de matière grise que les témoins sur près de 75 % de cette structure sous-corticale. « Notre cerveau a deux hippocampes, l’un à gauche et l’autre à droite, et sans eux nous ne pouvons pas enregistrer de nouvelles informations », explique Hartzell. « De nombreuses fonctions de mémoire sont partagées par les deux hippocampes. La  partie droite est cependant plus spécialisée pour les motifs, qu’ils soient sonores, spatiaux ou visuels, de sorte que la grande quantité de matière grise que nous avons trouvée dans l’hippocampe droit des pandits a du sens : une récitation précise nécessite un codage et une reproduction sonore très précis ».

Cette étude est une première incursion dans l’imagerie du cerveau de pandits professionnellement formés en Inde. D’autres analyses suivront, cette fois axées sur la question de savoir si cette augmentation substantielle de la matière grise chez les pandits signifie ou non que ces derniers sont moins enclins aux pathologies dévastatrices de la mémoire telles que la maladie d’Alzheimer.

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