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Contre le braconnage, faut-il inonder le marcher de fausses cornes de rhinocéros ?

Crédits : Pixabay / IanZA

Une entreprise propose de fabriquer des cornes de rhinocéros synthétiques impossibles à distinguer des vraies cornes, et d’inonder le marché avec. Une bonne idée sur le papier, mais qui pourrait avoir des effets indésirables inattendus.

Depuis 2007, les cas de braconnage de rhinocéros en Afrique du Sud ont augmenté de 9 000 %, selon le World Wildlife Fund (WWF). Le groupe de conservation à but non lucratif Save the Rhino estime quant à lui que 1 054 animaux ont été tués illégalement en 2016 pour leurs cornes. Pour lutter contre cette tendance effroyable, la start-up Pembient propose de stimuler les ventes sur le marché noir en créant des cornes de rhinocéros synthétiques pratiquement indiscernables des vraies cornes, même au niveau moléculaire.

Le PDG et cofondateur de Pembient, Matthew Markus, pense en effet que le fait de submerger le marché avec des cornes synthétiques serait plus efficace que de simplement essayer de stopper le braconnage des rhinocéros. « Si vous bloquez la corne de rhinocéros, vous créez cette mentalité d’interdiction », explique-t-il à Business Insider. « Et nous savons que le fait d’interdire engendre le crime, la corruption et tout ce qui vient avec ». L’homme espère ainsi qu’en augmentant l’offre globale de cornes, les cornes synthétiques de son entreprise réduiront l’incitation des braconniers à tuer les rhinocéros pour les vraies. Oui, mais il y a un mais.

Les cornes de rhinocéros sont populaires grâce à leurs vertus médicinales. Les praticiens de la médecine traditionnelle asiatique utilisent de la corne de rhinocéros en poudre pour tout, de la gueule de bois aux traitements contre le cancer. Ces cornes sont pourtant composées principalement de kératine, la même substance qui compose les cheveux sur votre tête. Un thé fabriqué à partir des coupures trouvées sur le plancher de votre salon de coiffure local aura donc probablement les mêmes supposées propriétés curatives que l’une de ces cornes. Elles sont malgré tout très demandées, et bien que les groupes de conservation reconnaissent les bonnes intentions de Pembient, certains craignent que le fait de produire des cornes synthétiques rende les véritables cornes encore plus désirables. Une sorte « d’article de luxe ».

« Sur le papier, l’idée d’inonder le marché de cornes faciles d’accès afin de réduire la demande est une bonne chose », note Sophie Stafford, directrice de la communication de Rhino Conservation Botswana (RCB), au site Futurism. « Malheureusement, cela peut ne pas fonctionner aussi bien en pratique. Bien que cela puisse avoir un impact positif à court terme sur une partie de la demande, nous savons que des acheteurs exigeants en Chine et au Vietnam vont jusqu’à tester l’ADN de la corne de rhinocéros ». Ainsi pour Sophie Stafford, « il y aura toujours des gens qui achèteront des produits non testés, mais la demande pour la véritable corne de rhino fera inévitablement grimper son prix ». Plus elle rapportera, et plus les chasseurs seront incités à braconner.

En outre, Stafford note que le marché est beaucoup trop vaste : « Même si seulement un pour cent de la population humaine d’Asie de l’Est veut de la vraie corne de rhinocéros et peut se le permettre, cela représente plus de 10 millions de cornes de rhinocéros. Cela suffit à faire disparaître les rhinocéros ». Si l’idée n’est pas miraculeuse, toutes les technologies potentiellement utiles qui pourraient faciliter la protection des rhinocéros contre les braconniers doivent néanmoins être prises en compte. Les défenseurs de l’environnement s’assurent de leur côté que les changements proposés n’aient pas de conséquences imprévues et déplorables.

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