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Comment les conspirationnistes en arrivent-ils à croire au complot ?

Crédits : Wikimedia Commons

Une étude européenne s’est récemment intéressée à la façon dont certaines personnes sont amenées à croire à un vaste complot touchant l’humanité. Ce sujet est par ailleurs très actuel compte tenu des récentes nouvelles concernant les fake news.

Si les théories du complot ne datent pas d’hier, leur impact a déjà été étudié. En revanche, peu d’informations sont disponibles concernant la manière avec laquelle une personne adhère à ce genre de croyances disons « alternatives ». Il s’agit justement d’une question posée dans une étude menée par des chercheurs européens de l’Université de Kent (Royaume-Uni) et de l’Université Vrije d’Amsterdam (Pays-Bas).

Publiées dans l’European Journal of Social Psychology le 9 août 2017, ces recherches estiment qu’il existe un lien entre les théories du complot et la notion de « perception illusoire de modèles », un processus cognitif connu. Ce dernier est relatif au fait de faire des liens à travers nos propres expérimentations et un schéma sensé pour qualifier le monde. Cette notion de perception illusoire de modèle est expliquée par le hasard et les coïncidences faisant croire que les liens détectés sont réels et que tout s’explique à ce niveau.

Si cette notion a déjà été évoquée par le passé concernant les théories complotistes, les chercheurs notent dans leur étude qu’aucune expérience n’a permis d’en affirmer fermement la relation. Ainsi, ces derniers ont testé 264 personnes par le biais de 5 épreuves écrites concernant leurs croyances à une de ces théories. Les tests concernaient aléatoirement des croyances telles que la création humaine des virus Ebola ou du SIDA, la tromperie de la NASA concernant les premiers pas de l’Homme sur la Lune ou encore des faits surnaturels.

Voici un exemple de test mené sur les volontaires. Deux types de peintures leur ont été montrées, élaborées par Victor Vasarely (motifs géométriques logiques) et de Jackson Pollock, aux motifs bien plus aléatoires (voir ci-après). Les chercheurs ont noté que les participants ont en moyenne davantage attribué de lien avec les théories du complot aux motifs aléatoires qu’aux figures géométriques.

Crédits : Flickr / SHARON MOLLERUS / CEA


« Ces résultats suggèrent que seule la perception de modèles dans des stimuli aléatoires ou chaotiques peut prédire des croyances irrationnelles »
, déclarent les meneurs de l’étude.

Les chercheurs ont également fait une découverte intéressante lors de leur dernier test : les personnes croyant aux théories du complot font des liens entre divers événements mondiaux qui pourtant n’ont aucun lien et ceci les entraîne dans une sorte de cercle vicieux les exposant à toujours plus de liens et de croyances erronées. Les chercheurs évoquent donc une distorsion de la « perception de modèles » qui, à l’accoutumée, est un processus cognitif fonctionnant normalement.

Les scientifiques estiment pourtant que d’autres recherches devraient être menées. En effet, ces derniers ont noté des différences entre les personnes adeptes des théories du complot et celles croyants plutôt aux phénomènes surnaturels, ces dernières étant plus assujetties à la croyance irrationnelle qu’à la perception illusoire de modèles.

Sources : Huffington PostScience Alert