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Ces araignées vivent un décalage horaire de cinq heures chaque jour !

Crédits : 631372 / Pixabay

S’il vous faut un certain temps pour vous remettre de quelques heures de sommeil perdues, sachez que d’autres s’en sortent beaucoup mieux que vous : les araignées. Trois espèces d’arachnides, plus précisément, font l’expérience de l’équivalent d’un décalage horaire de cinq heures chaque jour. Et elles semblent très bien s’en accommoder.

Trois araignées orbitèles (araignées qui tissent des toiles circulaires) — Allocyclosa bifurca, Cyclosa turbinata et Gasteracantha cancriformis — pourraient avoir les rythmes circadiens naturels les plus courts découverts chez un animal jusqu’à présent, rapporte une équipe de biologistes. Pour étudier les rythmes circadiens de ces araignées, Darrell Moore et son équipe, de l’East Tennessee State University, ont documenté les modèles d’activité de différentes espèces étroitement apparentées. Celles-ci ont été placées dans des tubes de verre dans l’obscurité ; leur activité a ensuite été surveillée par des capteurs infrarouges. Les résultats de cette étude ont été présentés lors la réunion de la Society for Neuroscience qui se tenait cette semaine à Washington DC.

La plupart des êtres ont des horloges corporelles naturelles qui se rapprochent du cycle jour/nuit de 24 heures, à quelques heures près. La lumière du Soleil, une fois la nuit terminée, permet de réinitialiser le rythme du corps chaque jour. Pour les araignées, ce rythme semble différent. Les horloges corporelles des trois tisseuses ont ici été estimées à environ 17,4, 18,5 et 19 heures respectivement. Cela signifie que celles-ci doivent décaler leur cycle d’activité et d’inactivité d’environ cinq heures par jour pour suivre le cycle solaire normal.

« Nous n’avons jamais vu une horloge circadienne comme celle-ci », note Natalia Toporikova, qui a participé à l’étude. « C’est comme voler à travers plus de cinq fuseaux horaires, et subir chaque jour le même décalage horaire afin de rester synchronisé avec le cycle jour/nuit typique », explique de son côté Darrell Moore. « Les horloges circadiennes nous empêchent d’entrer dans le chaos », a-t-il ajouté. « Théoriquement, les araignées ne devraient pas exister ».

Pour la plupart des animaux, les horloges internes les aident à effectuer des activités quotidiennes récurrentes, comme manger, dormir et chasser, au moment le plus approprié de la journée. Des études antérieures ont montré que les animaux qui ne sont pas synchronisés avec le cycle solaire de 24 heures sont généralement moins susceptibles de produire une progéniture saine que ceux qui ne le sont pas. Mais pour autant que les chercheurs le sachent, ce cycle court ne semble pas être un problème pour ces araignées. En fait, cela pourrait même leur être utile. Ces horloges courtes pourraient effectivement permettre à ces araignées de ne pas finir au petit-déjeuner des premiers oiseaux chassant à l’aube. Puisque les araignées deviennent plus actives au crépuscule et commencent à filer leurs toiles trois à cinq heures avant l’aube, celles-ci peuvent éviter les prédateurs qui chassent dans la journée.

Tout au long de la journée, les araignées restent immobiles sur leur toile, une stratégie qui leur permet de passer inaperçues aux yeux des prédateurs. À midi, les horloges circadiennes tronquées des araignées devraient normalement se réinitialiser, déclenchant un nouveau cycle d’activité. Mais dans les cinq à sept heures de jour restantes, elles restent inactives. Difficile de dire si ces araignées se reposent, mais il semblerait que la lumière du jour ait pour effet de retarder l’apparition d’un autre cycle circadien court chaque jour, permettant aux araignées de rester synchronisées avec le cycle environnemental de 24 heures. Toujours est-il que les araignées, du moins ces trois-ci, sont capables de s’adapter à de tels décalages dans les 24 heures, quand les autres animaux seraient normalement décalés et désynchronisés pendant environ une semaine.

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