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Les traumatismes vécus pendant l’enfance provoqueraient une altération des connexions neuronales

Crédit : iStock

En occident, entre 5 et 15 % des enfants dont l’âge est inférieur à quinze ans sont sujets à des violences physiques ou sexuelles. Ces traumatismes laissent des traces et semblent corréler avec une augmentation du taux de suicide et des risques de dépression. Les scientifiques se sont longuement interrogés sur ce lien de cause à effet : ils nous en révèlent aujourd’hui l’origine.

Les effets provoqués par des traumatismes vécus pendant l’enfance tels qu’une envie suicidaire supérieure à la moyenne et des risques de dépression accrus proviendraient d’un développement cérébral anormal ! Les chercheurs du McGill Group for Suicide Studies nous font part de cette découverte dans un nouvel article publié dans la revue scientifique American Journal of Psychiatry : les enfants maltraités auraient en effet une altération des connexions neuronales.

Ces malformations cérébrales trouveraient leur origine au niveau du cortex cingulaire antérieur, une zone du cerveau responsable du processus de régulation des émotions. Les cellules composant cette partie du système cérébral détiendraient des anomalies structurelles et fonctionnelles ! C’est principalement au niveau des axones, ces fibres nerveuses acheminant l’information jusqu’aux neurones, qu’ont été observées ces malformations !

Les axones sont recouverts d’une gaine de myéline composée de cellules de Schwann. Ces gaines se développent pendant l’enfance et ont pour rôle de protéger le système responsable du flux d’information neuronal. Les scientifiques avaient d’ores et déjà mis en lien un développement anormal de la matière blanche, cet amas d’axones myélinisés, avec des traumatismes subis pendant l’enfance, sans pour en autant en définir avec plus de précisions les anomalies présentes.

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Dans une nouvelle étude expérimentale, l’équipe canadienne s’est donc tournée vers l’étude post-mortem du système cérébral de différents individus : 27 sujets morts par suicide suite à une dépression, 25 morts par suicide, mais n’ayant pas subi de sévères traumatismes et 26 personnes jugées psychologiquement saines. Les différences se révèlent flagrantes : seules les personnes maltraitées durant leur enfance présentaient une diminution de l’épaisseur de la gaine de myéline. Ce déficit de myéline proviendrait d’une dérégulation de l’expression génétique des cellules censées produire les cellules de Schwann.

Nous avions déjà mis en lien dans un précédent article l’influence des expériences vécues pendant l’enfance sur l’expression génétique de gènes responsables d’inflammations. Ces malformations cérébrales étant dues à une dérégulation de l’expression génétique, nous pouvons penser que les traumatismes vécus pendant l’enfance pourraient aussi provoquer des épimutations affectant l’expression génétique du gène responsable de la production de la gaine de myéline. La diminution de cette dernière affecterait directement le transfert d’informations entre les parties du cerveau régulant les émotions et le système de récompense, d’où des risques accrus de tomber en dépression ou de développer un comportement suicidaire chez les enfants maltraités.

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