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Le monde pourrait-il survivre sans moustiques ?

Crédits : iStock

On s’est tous posé au moins une fois la question après l’avoir entendu effleurer notre oreille une nuit d’été. Ils piquent, propagent des maladies, tuent des millions de personnes chaque année. Le moustique s’inscrit bien évidemment dans la mécanique bien huilée de la chaîne alimentaire, soit, mais concrètement, pourrait-on se passer de cet insecte ?

Quelles seraient les conséquences si un jour, comme ça, on se décidait à les éradiquer ? Fièvre jaune, dengue, chikungunya ou encéphalite japonaise ou encore Zika entre autres, les raisons de s’en séparer sont nombreuses, mais qu’en est-il de son impact sur les écosystèmes ? Passé l’euphorie de la piqûre, on se laisserait tout de même à penser que malgré tout, le moustique est bien trop important. Effectivement, l’insecte nourrit et dans une certaine mesure, il pollinise. Mais étonnamment, certains scientifiques étudiant la biologie et l’écologie des moustiques suggèrent que les séquelles écologiques créées par l’éradication des moustiques disparaîtraient rapidement. Leur niche serait en effet comblée par d’autres organismes.

Certes, si les larves de moustiques venaient à manquer, des centaines d’espèces de poissons devraient changer d’alimentation pour survivre. De nombreuses espèces d’insectes, d’araignées, de salamandres, de lézards et de grenouilles perdraient également une source alimentaire essentielle. Les larves se nourrissent par ailleurs de feuilles en décomposition, de déchets organiques et de micro-organismes. En leur absence, ce rôle de filtrage et de nettoyage serait-il tenu par d’autres organismes ? Sans eux, des milliers d’espèces végétales perdraient également un groupe de pollinisateurs. Les moustiques adultes puisent en effet leur énergie dans le nectar. Cependant, Janet McAllister, entomologiste médicale du Centre de contrôle et de prévention des maladies de Fort Collins, dans le Colorado, considère que la pollinisation n’est pas cruciale pour les récoltes dont les êtres humains sont tributaires. Côté prédation, on ne connaît à ce jour pas non plus d’animaux qui dépendent spécifiquement des moustiques. Au final, il semblerait que l’insecte ne fasse pas l’unanimité. Ce que le moustique ne peut plus faire, d’autres le feront. C’est un peu ça l’idée.

Sur le plan sanitaire, et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sans le coût du paludisme, des pays comme ceux de l’Afrique subsaharienne pourraient avoir une croissance économique annuelle supérieure de 1,3 %. Il y aurait de ce fait moins de charges pesant sur le système de santé et les hôpitaux, et une réaffectation des dépenses consacrées à la lutte contre les maladies transmises par les moustiques à d’autres problèmes de santé prioritaire. Ce n’est ici qu’un exemple. Les maladies sont nombreuses, les dégâts infernaux, mais concrètement, il reste très difficile de se projeter de ce côté-là.

Quoi qu’il en soit, l’éradication des moustiques ne laisserait peut-être qu’une simple cicatrice écologique, elle n’est qu’une douce utopie. Le mieux serait tout au mieux tenter de contrôler les moustiques qui transmettent des maladies afin qu’ils ne représentent plus un problème de santé publique. En effet, sur les 3 500 espèces de moustiques connues, seule une centaine piquent les humains pour pomper leur sang et assurer le développement de leurs œufs. Mais ne nous voilons pas la face, les moustiques sont présents sur Terre depuis plus de cent millions d’années, co-évoluant avec énormément d’espèces en cours de route. Ils seront encore présents sur Terre durant les prochains millions d’années. L’Homme, c’est moins sûr.

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