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On peut maintenant ressouder les tissus humains grâce à de la « colle » de limace

Crédits : Pixabay

Une équipe de chercheurs annonce la mise au point d’une colle chirurgicale inspirée d’une substance adhérente sécrétée par une limace. La recherche pourrait permettre la réparation chirurgicale avec en ligne de mire la réparation des tissus cardiaques.

La configuration même du corps humain complique sérieusement la réparation des tissus internes par de « l’artificiel ». Les « colles » utilisées aujourd’hui sont parfois toxiques à hautes doses ou n’adhèrent pas comme on le voudrait à certaines surfaces humides. C’est pourquoi la recherche continue en ce domaine. S’inspirant du mucus sécrété par une limace européenne, des chercheurs de Harvard ont récemment mis au point un adhésif biocompatible qui permettrait de « ressouder » les tissus. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans la revue Science.

La Dusky Arion (Arion subfuscus) est une petite limace de 50 à 70 millimètres de long commune en Europe et dans certaines parties des États-Unis qui sécrète un type de mucus tout à fait particulier lorsqu’elle se sent menacée. Celui-ci lui permet de rester « collée » sur place, notamment sur les surfaces humides. Pour un prédateur, inutile alors de tirer : il n’arriverait pas à la déloger. La particularité de cette matière adhésive est qu’elle est spécifiquement composée d’une matrice résistante aux protéines chargées positivement. Inspirés de la Nature, les chercheurs ont alors eu l’idée de créer un hydrogel double couche constitué d’une matrice d’alginate-polyacrylamide supportant une couche adhésive qui possède des polymères chargés positivement à partir de sa surface.

L’adhésivité est le résultat de trois mécanismes différents. Les protéines chargées positivement sont électrostatiquement attirées par les cellules chargées négativement, des liaisons covalentes sont ensuite formées entre les différentes molécules et les protéines pénètrent physiquement dans les coins et les crêtes étroites du tissu. Ces trois conditions permettent de créer un adhésif ultra-fort, mais ça ne fait pas tout. « La plupart des précédents adhésifs médicaux se sont concentrés uniquement sur l’interface entre le tissu et l’adhésif. Notre adhésif peut dissiper l’énergie à travers sa couche matricielle ce qui lui permet de se déformer beaucoup plus avant de se casser », explique Jianyu Li, l’un des chercheurs de l’Université McGill.

Les chercheurs ont ici testé leur nouvel adhésif sur des tissus organiques de porcs secs et humides incluant la peau, le cartilage, le cœur, l’artère et le foie. Les résultats sont extrêmement convaincants, les qualités adhérentes de cette nouvelle colle dépassent en effet de loin celles des adhésifs chirurgicaux actuellement utilisés.

Un tel matériau pourrait avoir de nombreuses applications potentielles dans le domaine médical. Des patchs pourraient par exemple être coupés aux dimensions requises et appliqués sur des surfaces tissulaires. « La nature a souvent trouvé des solutions élégantes à des problèmes communs. Il suffit de bien chercher. Nous sommes ravis de voir comment cette technologie inspirée par une simple limace pourrait devenir une nouvelle technologie pour la réparation chirurgicale et la guérison des plaies », note Donald Ingber, professeur de biologie vasculaire.

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