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Les champignons, un véritable problème pour le futur de l’exploration spatiale

Crédits : iStock

La présence de l’Homme dans des habitats fermés implique des changements dans la composition de la communauté fongique (le mycobiome) qui se développe sur les surfaces à l’intérieur de l’habitat selon une étude qui se penche notamment sur les futures explorations humaines dans l’espace.

L’Homme influe sur son environnement où qu’il soit et l’espace n’échappe pas à la règle. Car se rendre dans l’espace implique forcément le fait d’évoluer dans des environnements confinés. La NASA, avec Mars en droite ligne de mire, étudiait il y a quelques semaines l’influence de la présence humaine dans ces environnements clos sur les populations fongiques. Le Dr Kasthuri Venkateswaran, chercheur principal au Laboratoire de propulsion à la NASA, détaille ici le tout premier rapport sur le mycobiome d’un habitat simulé destiné à l’avenir de l’humanité d’autres planètes.

Le dénommé Lunar /Mars Analog Habitat (ILMAH) est un environnement unique simulé destiné à imiter autant que faire se peut les conditions retrouvées dans la Station spatiale internationale. Les chercheurs ont récemment démontré que la diversité fongique globale avait en effet changé, évolué lorsque les humains étaient à bord sur une période de trente jours. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Les chercheurs ont en effet constaté que certains types de champignons — y compris des agents pathogènes connus pouvant coloniser le corps humain et causer des allergies, de l’asthme et des infections cutanées — avaient augmenté en nombre alors que les humains vivaient à l’intérieur de l’ILMAH.

Des séjours prolongés dans des habitats clos pourraient alors entraîner ainsi une diminution de la réponse immunitaire selon la NASA qui pense que cela rend ainsi les astronautes plus vulnérables aux agents pathogènes opportunistes : « Les champignons sont extrémophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent survivre à des conditions et des environnements difficiles comme les déserts, les grottes ou les sites d’accidents nucléaires et ils sont connus pour être difficiles à éradiquer d’autres environnements, y compris les espaces intérieurs et fermés », note Kasthuri Venkateswaran. « Caractériser et comprendre comment se comporte le mycobiome est d’une grande importance, car les champignons ne sont pas seulement potentiellement dangereux pour les astronautes, mais peuvent également détériorer les habitats eux-mêmes ».

Savoir comment les communautés de champignons évoluent en présence d’êtres humains est donc nécessaire pour le développement de contre-mesures appropriées. Le principal objectif de l’ILMAH était de comprendre les changements physiologiques, psychologiques et comportementaux chez les humains dans un environnement confiné. Trois équipes d’étudiants ont été logées à l’intérieur de l’ILMAH pendant trente jours. Afin de déterminer quelles espèces de champignons étaient présentes et comment la composition du mycobiome évoluait pendant l’habitation humaine, des échantillons ont été prélevés à différents moments durant cette période. L’ILMHA était bien évidemment complètement isolée du monde extérieur, à l’exception de l’échange d’air filtré entre les environnements intérieurs et extérieurs. Les membres de l’équipage étaient alors chargés du nettoyage de l’habitat et de la collecte des échantillons de surface.

Les spécialistes ont ensuite séquencé les échantillons pour montrer quelles espèces de champignons étaient présentes. Puis ils ont déterminé les populations fongiques totales (vivantes et mortes) et celles qui étaient viables (vivantes et capables de reproduire). Les populations de Cladosporium cladosporioides, un champignon commun, ont par exemple fortement augmenté. Si C. cladosporioides cause rarement des infections chez l’Homme, il pourrait néanmoins provoquer des réactions asthmatiques, en particulier chez les personnes atteintes d’un système immunitaire affaibli comme c’est le cas pour les astronautes.

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