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Homo Sapiens : des fossiles retrouvés repousseraient de 100 000 ans l’âge de notre espèce

Crédits : Philipp Gunz, MPI EVA Leipzig

Une équipe d’anthropologues annonce la découverte de restes d’Homo sapiens mis au jour au Maroc et datés de 300 000 ans. Ces fossiles retrouvés repousseraient de 100 000 ans l’âge de notre espèce.

L’Homo Sapiens, c’est l’homme d’aujourd’hui, notre espèce humaine. Alors que les fossiles les plus anciens trouvés jusqu’alors provenaient d’Afrique du Sud et de l’Est et étaient datés à moins de 200 000 ans. Cependant, une équipe internationale dirigée par Jean-Jacques Hublin (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et Collège de France) affirmait il y a quelques jours que le plus ancien représentant connu de notre espèce vivait finalement il y a environ 315 000 ans au Maroc, déplaçant au passage nos origines vers le nord-ouest du continent africain.

« Cette découverte représente la racine même de notre espèce, c’est l’Homo sapiens le plus vieux jamais trouvé en Afrique ou ailleurs », explique le français Jean-Jacques Hublin, directeur du département d’Évolution humaine à l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne) et coauteur des travaux.
« Le nid de restes humains », « dont des découvertes tout à fait remarquables, notamment une face humaine et une mandibule, probablement la plus belle mandibule d’Homo sapiens d’Afrique » a été mise à jour lors de fouilles entreprises en 2004 sur le site de Jbel Irhoud, à 400 km au sud de Rabat dans le nord-ouest du Maroc. « La face d’un de ces premiers Homo sapiens est la face de quelqu’un que l’on pourrait rencontrer dans le métro », assurent les chercheurs qui ne cachent pas leur surprise. En revanche, leur boîte crânienne était aussi volumineuse, mais moins globulaire que la nôtre et leur cervelet moins développé.

Au total, des restes appartenant à au moins à cinq individus ont été retrouvés : trois adultes, un adolescent et un enfant. « Et ce n’est pas fini ! », ajoute Jean-Jacques Hublin qui compte bien poursuivre ses recherches. Ce groupe d’Homo Sapiens détrône donc Omo I et Omo II, découverts à Omo Kibish en Éthiopie et datés autour de 195 000 ans, laissant penser que tous les hommes actuels descendaient d’une population qui vivait en Afrique de l’Est. Ainsi le Maroc serait-il finalement le nouveau berceau de l’humanité ? « Bien malin qui pourrait donner un point d’origine », a répondu Jean-Jacques Hublin qui publie ses travaux dans deux articles de la revue Nature. Les outils retrouvés sur le site (des éclats et surtout des pointes retouchés) sont en effet typiques du Middle Stone Age et de nombreux outils similaires ont été retrouvés un peu partout en Afrique sans savoir qui avait pu les fabriquer. Les chercheurs estiment aujourd’hui que l’on pourrait associer la présence des outils à celle de l’Homo sapiens.

Ainsi la découverte marquerait un nouveau jalon dans l’histoire humaine la plus récente, à une époque où plusieurs espèces apparentées coexistent sur la planète – Néandertaliens en Europe, Dénisoviens ou encore Homo Erectus en Asie. De ce buissonnement du genre Homo ne subsiste aujourd’hui qu’une seule espèce, Homo sapiens, et la découverte marocaine repose aujourd’hui la question de son enracinement initial. L’Histoire continue et l’anthropologie fascine toujours autant.

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