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Celui qui veut réaliser la première transplantation de tête humaine frappe encore avec des souris

Crédits : CNS Neuroscience and Therapeutics

La première transplantation de tête aura-t-elle bientôt lieu ? C’est en tout cas le souhait du neurochirurgien italien Sergio Canavero qui détaille ses « exploits » sur son site Internet. Il expliquait récemment avoir séparé puis relié les moelles épinières d’un groupe de souris. Mais elles n’ont pas survécu.

Le neurochirurgien d’origine italienne travaille à un protocole nommé Heaven (head anastomosis venture)/AHBR (allogenic head body reconstruction) qui vise à transplanter la tête d’un patient tétraplégique (paralysé des quatre membres) sur le corps d’un donneur décédé. L’idée est d’obtenir au final un patient avec une tête reconnectée à un corps fonctionnel. La procédure pose de multiples questions techniques et éthiques, mais elles ne semblent pas stopper le chercheur qui tient une sorte de journal de bord sur Internet, détaillant chacun de ses « exploits ». Le dernier en date : Sergio Canavero prétend avoir coupé les moelles épinières d’un groupe de souris pour ensuite les « recoller » à l’aide du polyéthylène glycol.

La transplantation de tête du monde est une procédure que beaucoup d’experts dans le domaine qualifient d’absurde. Mais malgré de nombreux obstacles éthiques et scientifiques, Canavero semble s’en charger à plein régime avec ses expériences sur les animaux. Dans un article publié le 14 juin, Canavero détaille avoir séparé puis relié les moelles épinières d’un groupe de souris avec son équipe à l’aide d’un type de plastique appelé polyéthylène glycol (PEG) précédemment décri dans un TED Talk comme une sorte de « une colle biologique spéciale » qui pourrait être la clé d’une future transplantation de tête réussie.

Canavero décrit ici la séparation les moelles épinières puis l’application de solution saline sur la plaie pour arrêter le saignement. Ensuite, neuf des souris ont été traitées avec du PEG et six souris ont été traitées avec une solution saline. Les deux groupes ont reçu des antibiotiques après la procédure pendant 72 heures. Canavero écrit dans le journal que les rongeurs qui ont reçu le PEG ont récupéré leur fonction motrice et ont pu marcher après 28 jours. Néanmoins, tous les rongeurs sauf un (qui est décédé plus tôt) n’ont vécu que pendant un mois.

Crédits : CNS Neuroscience and Therapeutics

Garder les animaux en vie dans ses expériences n’est cependant pas le but de Canavero pour qui chacune de ces expériences est une petite étape vers l’objectif principal d’achever la première transplantation de tête du monde. Ainsi quand celle-ci aura-t-elle bientôt lieu ? Beaucoup d’experts s’inquiètent, à l’instar de Marike Broekman, de l’École de Médecine de Harvard (États-Unis), et présidente de l’Ethico-legal Committee of the European Association of Neurosurgical societies (EANS), récemment interrogée par Science & Avenir, qui juge que l’humain n’est pas prêt pour une telle expérience, ni techniquement ni psychologiquement.

La chercheuse explique en effet que la « première des exigences de la recherche est d’apporter une amélioration de la santé ou des connaissances. Or, dans l’état actuel des choses, cette procédure n’améliorera pas la santé du patient, car il est peu probable qu’il retrouve une fonction neurologique, ni même qu’il survive », dit-elle. « Par ailleurs, pensez aux organes du potentiel donneur de la transplantation corporelle qui pourraient être plus utiles à beaucoup de patients (au lieu d’un) en attente de greffes ».

Pour Marike Broekman, « reconnecter la moelle épinière avec succès pour retrouver un bon fonctionnement neurologique » sera notamment l’entreprise la plus risquée », suggérant qu’il « devrait y avoir d’amples preuves sur l’animal avant une première chez l’humain. Que tous les aspects de la procédure soient étudiés, qu’il ne reste pas de questions en suspens ». Sergio Canavero répond-il à ces critères ? Non, toujours pas, mais il semble pourtant encore déterminé.

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