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Les chercheurs ont désormais une chronologie plus précise de la propagation du cancer

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Des chercheurs ont pour la première fois pu observer la propagation du cancer chez un patient, apprenant de nouveaux détails surprenants sur la façon dont certaines tumeurs deviennent rapidement mortelles.

Le cancer affecte tout le monde, patients et entourage. Il arrive malheureusement souvent que le diagnostic soit trop tardif et que les médecins découvrent que la tumeur est déjà métastasée — qu’elle se propage à d’autres parties du corps provoquant des tumeurs secondaires. Il est extrêmement difficile de préciser le moment de la métastase, mais une telle connaissance pourrait aider les médecins à s’orienter vers de meilleurs traitements.

« Le suivi ou encore une meilleure prédiction du comportement d’un cancer sera essentiel pour planifier de nouvelles stratégies de traitement qui ciblent les tumeurs avec des médicaments administrés au bon moment pour un effet maximal », explique l’un des chercheurs Andrea Sottoriva ; de l’Institute of Cancer Research (ICR).

Les chercheurs de l’ICR ont ici analysé la métastase du cancer de l’intestin chez un patient qui souffrait d’un effet secondaire malheureux lors d’un test de diagnostic. Grâce à cet effet secondaire, les chercheurs ont alors pu éditer un chronogramme plus précis du développement du cancer, le plus précis jamais tracé chez un patient.

Le patient en question fut diagnostiqué pour la première fois en 2008. Il avait alors subi une intervention chirurgicale. Les médecins avaient décelé un nodule dans son poumon qu’ils décidèrent de surveiller au cas où celui-ci s’avérerait cancéreux. En 2011, les médecins ont alors biopsié le nodule et comme suspecté, il s’est avéré être une tumeur secondaire. Le patient fut à nouveau opéré. Malheureusement, la biopsie ne s’est pas très bien passée puisque des cellules cancéreuses extraites de l’échantillon ont été laissées dans le tissu du patient (un phénomène rare). Deux ans plus tard, les médecins ont découvert une autre tumeur dans le mur thoracique du patient, précisément où la biopsie avait été effectuée.

Les scientifiques ont alors utilisé cette tumeur comme point d’ancrage pour étalonner toutes les autres tumeurs du corps du patient. En utilisant l’analyse génétique des mutations de cellules cancéreuses associées à la modélisation mathématique, les chercheurs ont établi un calendrier complet à partir du moment où le cancer a d’abord émergé dans l’intestin. « Notre recherche a été capable non seulement de suivre l’évolution génétique du cancer, mais aussi de mesurer chaque étape de la progression du cancer », explique Sottoriva. « Les techniques mathématiques que nous avons empruntées à notre étude ont été développées à l’origine pour mesurer le moment où de nouvelles espèces de plantes et d’animaux ont surgi pendant l’évolution ».

Ce calendrier unique a notamment fourni des indices inattendus aux chercheurs. Ces derniers pensaient en effet que le cancer se cachait dans l’intestin pendant un bon moment avant de faire une pause et d’affecter d’autres régions du corps. Une fois cette étape franchie, le pronostic devient rapidement négatif. Mais dans ce cas, les chercheurs ont été surpris de constater le cancer métastasé dans les poumons et la thyroïde seulement un an après l’émergence. Au lieu de se propager rapidement, la maladie a ensuite ralenti rapidement, le patient a été diagnostiqué pour la première fois alors que ce dernier vivait avec le cancer depuis cinq à huit ans.

« Cela suggère que parfois, il y a une grande fenêtre de temps pour faire un diagnostic précoce et perturber la propagation métastatique », a déclaré le chercheur principal Nicola Valeri. Pour ce patient, il était malheureusement trop tard. Celui-ci est décédé en 2015 suite à une propagation du cancer cette fois dans les reins. Lui et sa famille ont accordé aux chercheurs la permission complète de publier les résultats de cette étude qui pourrait en effet sauver plusieurs millions de vies à l’avenir.

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