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Comment la littérature ancienne pourrait nous aider à prédire la prochaine grande tempête solaire

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Des recherches récentes suggèrent que les littératures antiques japonaise et chinoise décrivant la météo spatiale dans les siècles passés pourraient nous aider à prédire quelques-unes des plus grandes tempêtes solaires à venir.

Les tempêtes solaires peuvent faire potentiellement beaucoup de dégâts, notamment au niveau des télécommunications, mais elles présentent l’inconvénient de ne laisser aucune « trace » physique de leurs passages que ce soit dans les carottes glaciaires ou dans les sédiments. C’est pourquoi il est si difficile de les étudier et donc de les prévenir. En revanche, certains textes historiques pourraient nous informer sur leurs existences passées.

Dans un effort de collaboration entre les arts et les sciences, les chercheurs de l’Université de Kyoto, de l’Institut national japonais de la recherche polaire (NIPR) et de l’Institut national de la littérature japonaise ont étudié des documents historiques pour tenter de mieux comprendre et d’appréhender les événements solaires passés. Ils expliquent notamment avoir étudié deux volumes historiques. L’un est japonais : Meigetsuki (Le compte rendu de la Lune) et le second chinois : Song Shi (Histoire de la chanson) et ces deux volumes qui couvrent des périodes allant du 10 au 14e siècle, pourraient effectivement nous en apprendre davantage sur les phénomènes astronomiques passés.

« La combinaison de la littérature antique, de la dendrochronologique (une méthode scientifique permettant en particulier d’obtenir des datations de pièces de bois, NDLRet de nos télescopes nous permet aujourd’hui d’identifier des tendances claires dans l’activité solaire et d’autres événements astronomiques », explique Hiroaki Isobe, de l’Université de Kyoto au Japon, qui a participé à l’étude. « De nos jours, les grandes tempêtes solaires peuvent perturber considérablement les réseaux électriques et les satellites. Nous sommes de plus en plus sensibles à ces événements et la perspicacité acquise grâce à certains documents historiques nous permet aujourd’hui de mieux prévoir et préparer l’avenir ».

Dans le premier volume (Meigetsuki), le poète japonais Fujiwara Sadaie mentionne avoir vu « de la vapeur rouge dans le ciel nocturne » le 21 et le 23 février de l’année 1 204, interprétée par les chercheurs comme le signe d’une tempête magnétique qui avait effectivement frappé la Terre à cette époque. Pendant ce temps, une « grande tache solaire », un signe d’activité magnétique intense du Soleil, a également été enregistrée au cours de la même période et retranscrite dans le Song Shi. En creusant un peu plus, les chercheurs ont également découvert une dizaine d’incidents du même type au cours de cette période, entre les années 900 et 1200, avec notamment plusieurs observations rapportées d’aurores boréales. En comparant ces dates aux données de radiocarbone de cernes d’arbres, ils ont alors constaté une diminution des niveaux de carbone 14 (indiquant une augmentation des niveaux d’activité solaire) aux dates correspondantes.

Ces textes auront permis aux chercheurs d’établir une chronologie de l’activité météorologique spatiale, révélant notamment que les aurores boréales étaient plus répandues au cours de la phase maximale des cycles solaires et que pendant le cycle minimal (1010-1050) aucune aurore n’a été observée. Les chercheurs continueront leurs recherches en explorant d’autres textes anciens qui pourront contenir d’autres indices de ces événements solaires passés. « Ces observations du ciel n’ont jusqu’ici été considérées que dans le cadre d’écritures de fiction », explique l’un des chercheurs, « mais jamais vraiment appréciées pour leur spécificité scientifique. Nous nous rendons compte maintenant que certains textes nous fournissent en fait un compte rendu lucide et précis des conditions célestes du passé ».

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