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Dépression : nous pourrons bientôt diagnostiquer la maladie grâce à un scan du cerveau

Crédits : iStock

Diagnostiquer et traiter une dépression n’est pas facile. D’une part parce que le diagnostic oblige le patient à se livrer et d’autre part les traitements ne sont jamais vraiment adaptés à chaque individu. Mais cela pourrait bientôt changer.

Pour diagnostiquer une dépression, les personnes souffrantes doivent aujourd’hui exprimer leurs sentiments. Mais dans de nombreux cas, les personnes impliquées ne se rendent pas compte qu’elles sont effectivement cliniquement déprimées. Discuter de ses états d’âme avec un professionnel devient alors très compliqué. C’est un problème puisque la dépression non traitée peut grandement interférer la vie d’une personne et celle de ses proches. Seulement, il est difficile actuellement d’aider les gens qui ne sont pas en mesure ou désireux de communiquer sur leurs sentiments, leurs ressentis, car il n’existe pas de marqueur biologique pour cette condition. Selon une étude récente, une région du cerveau semble pourtant affectée chez les personnes souffrant de dépression, suscitant ainsi l’espoir que des scans du cerveau puissent bientôt être utilisés pour diagnostiquer la maladie.

Les chercheurs reconnaissent aujourd’hui qu’il existe des facteurs génétiques et environnementaux qui augmentent le risque de dépression. Ils commencent également à identifier les gènes qui sont associés au développement de cette maladie. Les symptômes sont nombreux et variés : une perte d’appétit et de poids, quand d’autres réagissent à l’opposé en se nourrissant beaucoup plus. Les problèmes de sommeil sont également fréquents. Beaucoup de gens se réveillent au milieu de la nuit et ont du mal à se rendormir. D’autres, au contraire, peuvent dormir beaucoup plus qu’habituellement. D’autres symptômes comprennent la perte d’intérêt à faire des choses, une diminution de la libido, un manque d’énergie et de la difficulté à se concentrer. Certaines personnes commencent à trop penser, trop réfléchir, se sentent coupables et commencent à broyer du noir. Les symptômes sont ainsi nombreux et tapissent un large éventail, c’est pourquoi un traitement qui fonctionnera pour l’un ne sera pas forcément efficace pour l’autre. Ainsi les chances pour un médecin de trouver le bon traitement sont relativement minces.

Cynthia Fu, professeure en neurosciences à l’University of East London, s’est récemment penchée sur les effets et les causes de la dépression. Dans une étude récente publiée dans la revue British Journal of Psychiatry, la chercheuse explique avoir étudié les régions du cerveau affectées par la dépression : « nous avons déjà identifié des réductions généralisées dans le tissu cérébral connu sous le nom de “matière grise” dans le lobe limbique (fonction de soutien, y compris l’émotion et la motivation) et les régions préfrontales (impliquées dans la planification de comportements cognitifs complexes et dans la prise de décision) chez les personnes déprimées », explique la chercheuse. « Nous avons ici fait quelque chose de différent ».

Au cours de leur étude, les chercheurs ont analysé 1118 scans de 458 personnes diagnostiquées souffrant de la dépression. Grâce à un algorithme, l’ordinateur a pu distinguer avec une précision de 84 % le modèle du cerveau de ceux qui étaient déprimés et ceux qui n’étaient pas. Concernant les personnes considérées comme « déprimées », quatre sous-types d’activités cérébrales ont ensuite été identifiées. En d’autres termes, les chercheurs ont réussi à identifier quatre activités cérébrales différentes, toutes correspondantes à un type de dépression bien spécifique. Diagnostiquez la dépression à l’aide d’un scanner du cerveau et vous pouvez alors adapter le traitement en fonction de chaque individu. Comme la médecine de précision, il s’agit là d’une psychiatrie de précision, et l’analyse ne prend qu’une dizaine de minutes.

Bien qu’efficace, la méthode utilise ici des scanners IRM qui ne sont malheureusement pas actuellement largement disponibles et tout le monde ne peut pas les utiliser (par exemple, ceux équipés d’un stimulateur cardiaque). Il faudra aussi distinguer le modèle des régions du cerveau spécifique pour la dépression par rapport à d’autres troubles comme les troubles bipolaires et la schizophrénie qui impliquent les mêmes régions du cerveau. L’étude est néanmoins très prometteuse. L’étape suivante consistera à reproduire et généraliser ces résultats spécifiques.

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