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Le tardigrade nous livre enfin ses secrets pour survivre dans des conditions extrêmes

Crédits Wikimedia Commons

Une étude récente suggère que les tardigrades utilisent des protéines uniques connues comme les Protéines intrinsèquement désordonnées (PID) pour se protéger contre la dessiccation. C’est une protéine qui pourrait s’avérer très utile.

Les tardigrades fascinent pour leurs exceptionnelles capacités d’adaptation et leur incroyable résistance aux conditions les plus extrêmes. Ils sont en effet capables de résister à d’énormes quantités de rayonnement, à des températures allant de 150 °C à des températures proches du zéro absolu et à des pressions jusqu’à six fois plus fortes que dans les plus profondes fosses océaniques. L’un des secrets du tardigrade est également de pouvoir revenir à la vie après s’être desséché pendant plus d’une décennie et selon une étude récente publiée dans la revue Molecular Cell, c’est une protéine unique qui permettrait à ces petites bestioles de « revenir à la vie ».

Privé d’eau, l’animal est effectivement capable de se dessécher et de survivre avec seulement 1 % de l’eau qu’il contient à l’état normal. Il reste ainsi rester des années dans un état proche de la mort jusqu’à réhydratation. C’est une prouesse que nos petits oursons doivent à une protéine bien particulière : « les Tardigrades ont évolué pour avoir des gènes uniques pour leur permettre de survivre à la dessiccation », explique Thomas Boothby de l’université de Caroline du Nord, et principal auteur de cette étude qui suggère que nous pourrions « utiliser les protéines encodées par ces gènes pour protéger d’autres matériaux biologiques tels que des bactéries, des champignons ou certaines enzymes de la dessiccation ».

Cette protéine est dite « intrinsèquement désordonnée ». Il s’agit en fait d’une sorte de « bioverre » entourant les cellules qui permet de les maintenir dans un état « suspendu » jusqu’à ce que les oursons soient réhydratés. L’invertébré peut alors survivre des années durant. Il suffit alors de le replonger dans de l’eau pour que le « verre » de la protéine fonde : « Ils peuvent rester comme ça dans un état sec pendant des années, voire des décennies et quand vous les remettez dans l’eau, ils revivent en quelques heures », explique Thomas Boothby. « Ils se déplacent, mangent et se reproduisent comme si rien ne s’était passé ».

Et la protéine pourrait se montrer très utile pour protéger d’autres matériaux biologiques contre la dessiccation : « Si vous prenez ces gènes et que vous les mettez dans des organismes comme des bactéries ou des levures, qui n’ont normalement pas ces protéines, ils deviennent beaucoup plus tolérants à la dessiccation », explique le chercheur. « De l’ordre de 100 fois plus résistants ». Les TDP pourraient ainsi être utilisés pour stabiliser à températures ambiantes les vaccins ou traitements médicamenteux qui ont normalement besoin d’être gardés au frais, notamment en Afrique où le manque de réfrigération dans les régions éloignées est un énorme problème. On peut aussi imaginer que ces protéines pourraient permettre à des céréales de survivre à de longues sécheresses.

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