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Des niveaux « extraordinaires » de pollution enregistrés à 10 km de profondeur dans la fosse des Mariannes

Crédits : Wikipédia / Rémi Kaupp

Des crustacés contaminés par des substances d’origine industrielle interdites depuis les années 1970 ont été découverts dans la fosse des Mariannes à plus de 10 000 mètres de profondeur.

Même les parties les plus profondes et les plus éloignées du globe ne sont pas à l’abri de nos déchets toxiques. À 10 000 mètres de profondeur dans la Fosse des Mariannes, des petits crustacés présentent des concentrations « extraordinairement élevées » en PCB, des polluants industriels extrêmement toxiques. C’est en tout cas ce que révèle une étude publiée dans la revue Nature ecology & evolution menée par des chercheurs de l’Université écossaise d’Aberdeen qui soulignent l’étendue de l’impact humain sur l’environnement.

Située au-delà de la zone abyssale, la zone océanique dite hadale des fosses plonge au-delà des 6000 mètres de fond. La plus profonde d’entre elles est dans l’ouest du Pacifique : c’est la fosse des Mariannes qui atteint près de 11 000 mètres. En dépit de conditions de vie particulièrement rudes, avec une température oscillant autour de 1 °C et une pression 1000 fois plus importante qu’à la surface, la biodiversité y est pourtant abondante. Abondante oui, mais hautement contaminée. Des analyses faites sur les tissus graisseux de petits crustacés appelés amphipodes remontés à la surface ont révélé des niveaux de contamination « 50 fois plus élevés que les niveaux enregistrés chez les crabes à proximité de la Liaohe River, l’une des rivières les plus polluées de Chine ».

Les analyses ont en effet révélé des substances produites à des milliers de kilomètres de là : des PCB (ou polychlorobiphényles) et des PBDE (ou polybromodiphényléthers). Ces polluants toxiques se fixent sur les sédiments qui se déposent dans les profondeurs et s’y accumulent progressivement. Problème : ces produits utilisés comme retardateurs de flammes dans divers textiles et autres objets d’équipement sont des polluants organiques persistants capables de voyager sur de longues distances.

Normalement interdites depuis les années 70, ces substances toxiques sont malheureusement encore bien présentes dans l’environnement, libérées via les accidents industriels et les fuites des dépotoirs et « se frayant ensuite un chemin dans les fosses marines via des débris de plastique contaminés et des animaux morts qui coulent au fond des océans » comme le suggèrent les auteurs de l’étude.

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