Pourquoi cette araignée mâle mutile-t-elle le sexe de la femelle après l’accouplement ?

La monoandrie est un mode de reproduction sexuée où un individu femelle ne s’accouple qu’avec un seul mâle. Chez certains animaux, des stratagèmes sont mis en place par le mâle afin...
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La monoandrie est un mode de reproduction sexuée où un individu femelle ne s’accouple qu’avec un seul mâle. Chez certains animaux, des stratagèmes sont mis en place par le mâle afin d’assurer ses chances de féconder la femelle et ainsi d’éviter la concurrence d’autres mâles. Chez l’araignée Cyclosa argenteoalba, le mâle mutile le sexe de sa femelle après la copulation pour cette raison.

Au sein d’une même espèce, les mâles et les femelles mettent au point des stratégies bien différentes pour maximiser leurs chances de procréer. Les mâles peuvent disséminer autant de spermatozoïdes qu’ils veulent en s’accouplant autant qu’ils peuvent tandis que les femelles, dont le stock de gamètes est limité, auront tendance à sélectionner les partenaires qui leur sembleront le plus à même de leur donner une descendance en bonne santé. Chez les araignées, l’accouplement est très particulier, car le mâle n’a pas de pénis. Pour transmettre ses gamètes, il dépose une goutte de sperme sur une toile et récupère cette semence dans les bulbes qui se trouvent au bout de ses pédipalpes, les espèces de petites pattes situées près de ses mâchoires. Ces bulbes font office d’organes reproducteurs externes que le mâle insère, un à un, dans l’épigyne, l’orifice génital de la femelle.

Cette divergence de stratégies provoque ce que l’on appelle le conflit sexuel. Pour s’assurer qu’aucun autre mâle ne fécondera la femelle avec qui il s’est accouplé, le mâle met souvent en place des techniques qui empêche la femelle de s’accoupler avec un autre mâle, de manière à la forcer à la monoandrie. Ces techniques sont variées et peuvent aller d’une simple surveillance de la femelle à d’autres stratagèmes bien plus élaborés. La technique de la copulation prolongée consiste à rester dans une position d’accouplement plus longtemps que prévu, le mâle empêchant ainsi que les spermatozoïdes d’autres mâles viennent concurrencer les siens. Le mâle peut aussi déposer, dans les organes reproducteurs de la femelle, une substance qui agit comme un bouchon ou bien lui transmettre des molécules toxiques qui changeront son comportement et réduiront la probabilité qu’elle s’accouple avec un autre mâle.

Chez l’araignée Cyclosa argenteoalba, le mâle mutile le sexe de sa femelle après la fécondation de manière à éviter qu’elle ne s’accouple avec un autre mâle. Une étude a en effet montré qu’après la copulation, 90 % des femelles de cette espèce présentaient une mutilation du scape, sorte d’appendice surplombant l’épigyne. Sans ce scape, l’accouplement n’est plus jamais possible, cet appendice étant indispensable pour que le mâle puisse s’accoupler avec la femelle. De plus, cette détérioration n’est pas accidentelle, mais intentionnelle, car les mâles prennent soin de ne pas abîmer le scape tant qu’ils n’ont pas transféré la totalité de leur semence dans l’appareil reproducteur de la femelle.

Source : Passeur de Sciences ; Current Biology


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