Des médicaments à partir de microbes issus de l’estomac humain

Les nouvelles découvertes sur le rôle du microbiote intestinal sur notre santé ont lancé les laboratoires pharmaceutiques dans la recherche et le développement de nouvelles thérapies basées sur des microbes. Des découvertes scientifiques suggèrent depuis...
Des bactéries / Association François Aupetit

Les nouvelles découvertes sur le rôle du microbiote intestinal sur notre santé ont lancé les laboratoires pharmaceutiques dans la recherche et le développement de nouvelles thérapies basées sur des microbes. Des découvertes scientifiques suggèrent depuis quelques années que plusieurs maladies graves peuvent être guéries en ajoutant des bactéries à notre tube digestif. Désormais, plusieurs entreprises cherchent à développer des médicaments qui agissent de cette façon.

Dans le tube digestif, les populations extrêmement nombreuses de microbes, des cellules immunisées et les cellules du tissu intestinal interagissent et échangent d’innombrables signaux chimiques et physiques. Les perturbations de cet écosystème complexe, souvent appelé le microbiote, ont pu être liées non seulement avec des problèmes gastro-intestinaux, mais aussi avec des problèmes de métabolisme, d’immunologie et même des troubles neurologiques. Un tel problème, qui arrive quand une espèce très commune de bactéries, la Clostridium Difficile, colonise l’intestin et devient trop abondante, peut être guéri en ajoutant des bactéries au tube digestif, ces bactéries étant spéciales et bénéfiques. Cette méthode de guérison exige néanmoins une greffe d’excréments provenants d’une autre personne et les raisons pour lesquelles cette méthode est efficace ne sont pas bien comprises encore. Le PDG de Seres Therapeutics, une entreprise spécialisée, a déjà annoncé que la génération suivante de médicaments de microbiote remplacera cette technique par de vrais médicaments qui seront plus faciles à prendre, plus propres et plus sains, sous forme de pilules par exemple.

Seres Therapeutics a actuellement deux médicaments en cours d’essais cliniques aux États-Unis. Cette société tente de trouver des traitements pour l’infection récurrente de Clostridium Difficile et pour la colite ulcérative, une maladie inflammatoire chronique du gros intestin. Chaque médicament est basé sur certains organismes clés que les scientifiques de l’entreprise ont identifiés grâce à une analyse poussée du génome des microbes et des cellules humaines présentes dans l’intestin. Ces organismes clés sont thérapeutiques, car ils peuvent aider à reconstituer le microbiote sain après qu’il ait été perturbé. Au lieu de modifier directement l’environnement microbien comme Seres le fait, la start-up Synlogic développe des bactéries développées à partir de bactéries originaires de l’intestin humain, qui peuvent être introduites directement dans le microbiote sans changer sa composition globale. De là, les bactéries réalisées peuvent exécuter des fonctions thérapeutiques, par exemple l’enlèvement de substances indésirables, que l’organisme retient comme le résultat d’un désordre métabolique.

L’entreprise s’appuie sur des méthodes établies de la biologie synthétique pour présenter des commutateurs génétiques de façon à ce que les microbes puissent ressentir et répondre à leur environnement. Son objectif est d’avoir deux médicaments en cours d’essais cliniques dans le courant de l’année prochaine. Ces deux médicaments serviront à guérir des troubles métaboliques génétiques rares causés par un manque d’enzymes important dans le foie, qui mène certains métabolites à se développer et à se multiplier de façon nuisible dans le sang. Les médicaments sont conçus pour éliminer l’excès de métabolites de l’intestin, où ils ont tendance à s’accumuler, et essentiellement compenser la fonction perdue dans le foie.

Seres et Synlogic pourraient être seulement au sommet de l’iceberg tant l’utilisation du microbiote de l’intestin semble prometteuse. Il y a encore beaucoup de découvertes à faire sur ce complexe micro-organique trop peu connu. D’après James Collins, un professeur d’ingénierie biologique au MIT pionnier dans le domaine de la biologie synthétique, également cofondateur scientifique de Synlogic et conseiller à Seres, l’idée de pouvoir modifier le microbiote a un potentiel énorme. Mais bien que Seres ait une tactique remarquable d’introduction de microbes dans l’intestin grâce à une pilule de façon à changer le microbiote, dans de nombreux cas, nous ne connaissons simplement pas encore assez le microbiote pour pouvoir le modifier d’une façon thérapeutique. À court terme, Collins a espoir de pouvoir utiliser la biologie synthétique pour créer des organismes qui peuvent détecter et effectuer des changements spécifiques à l’environnement des intestins.

Source : technologyreview


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