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Au XIXe siècle, il y eut un projet de création d’une mer dans le désert du Sahara

Crédits : Wikimedia Commons

À l’époque de l’empire colonial français, un gigantesque projet d’aménagement visait à créer une mer intérieure au Sahara, un projet finalement abandonné. Imaginez une mer aussi grande que 17 fois le lac Léman dans le désert du Sahara !

Ce projet de Mer Intérieure Saharienne était prévu au Maghreb à partir du milieu du XIXe siècle (1873-1884). Il s’inscrivait dans une décennie de gros œuvre, chronologiquement entre deux énormes projets qui ont pour leur part vu le jour : le canal de Suez (ouverture en 1869) et le canal de Panama (début des travaux en 1881). La Mer Intérieure Saharienne fut donc le seul de ces trois projets à n’avoir pas abouti.

Ce colossal projet est l’œuvre de François Élie Roudaire, commandant d’état-major de l’armée française et topographe de l’école de St-Cyr. Le projet de mer intérieure recevra également le soutien inconditionnel et perpétuel de Ferdinand de Lesseps, diplomate et entrepreneur français (créateur du Canal de Suez) qui pèsera fortement dans le débat conduisant à son abandon.

La Mer Intérieure Saharienne aurait dû se localiser précisément à cheval sur l’Algérie et la Tunisie, au pied du massif de l’Aurès (prolongement de l’Atlas), couvrant une partie semi-aride du désert du Sahara, au nord. Ici se trouve un chapelet de chotts en partant du golfe de Gabès.

Il s’agissait de relier une grande partie de ces chotts par le biais de puits artésiens, ainsi que d’un canal de 24 km de long, permettant un apport d’eau venant de la Mer Méditerranée. La surface de la Mer Saharienne aurait été, dans le cas de sa mise en place, égale à dix-sept fois celle du lac Léman. D’une profondeur moyenne de 25 m, les dimensions retenues par Roudaire pour cette mer étaient de 320km de long sur environ 50 à 60km de large.

Le but de la Mer Intérieure était d’impulser un développement régional ayant pour fer de lance une mise en culture des terres aux abords de ladite mer. Pour ce faire, Roudaire comptait sur une modification du climat, plus précisément sur un changement climatique provoqué, transformant les dynamiques physiques de la région et changeant la nature des sols.

« Nous allons ouvrir là des débouchés à l’Europe, apporter la civilisation dans les parages, donner du travail aux indigènes, concilier tous les intérêts et faire le bonheur de tous » déclarait François Roudaire, persuadé de la faisabilité de son projet et de la véracité de l’hypothèse antique stipulant qu’une mer était présente au Sahara pendant l’Antiquité.

Cette citation montre une volonté de sa part de répondre à des problématiques d’ordre social, mais également géopolitiques (géostratégie) qui se sont posées dans cette région de l’empire colonial français, par exemple la contenance des rebelles tunisiens à l’est. Il s’agissait d’une région à assainir, à dynamiser, à mieux définir et contrôler.

Le projet de Mer Intérieure Saharienne a donc fait l’objet d’un long débat ayant conduit à son abandon, pour des raisons financières principalement (mais aussi techniques). Il s’agissait d’un véritable défi ayant mis en opposition Roudaire et De Lesseps face à l’Académie des Sciences et la Société de Géographie, entre autres.

Sources :

Autopsie d’une utopie environnementaleOlivier Soubeyran, Ahmed Bencheikh, Peuples Méditerranéens n° 62-63, janvier-juin 1993, pp. 183-208.

Appel d’imaginaire : La mer intérieure africaine 1869 – 1887, publié en février 2004, Blog de Jean-Louis Marçot, consultation en novembre 2015.

Le percement de l’isthme de Gabès, Georges Lavigne, paru dans La Revue moderne en 1869.