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Les adultes tolérants au lait seraient en réalité des mutants !

Crédits : Gerbault, Pascale et al. / Philosophical Transactions of the Royal.Society B : Biological Sciences

Quand on est enfant, on adore le lait ! Malheureusement, en vieillissant, on se rend compte qu’un bol de lait nous donne de plus en plus de maux de ventre et d’autres symptômes digestifs. En revanche, d’autres personnes tolèrent toujours cette boisson, même à l’âge adulte. L’intolérance au lactose n’est pas pour autant une maladie. C’est même « normal ». En réalité, l’explication de cette différence d’assimilation par l’organisme proviendrait de la mutation d’un gène. Explications.

La molécule qui pose problème dans la digestion du lait, c’est le lactose, un sucre (les molécules finissant en -ose sont des sucres). Celle-ci étant relativement grosse, elle a besoin d’être découpée pour passer de l’intestin vers le sang. Or, la plupart des mécanismes de découpage de protéines et de sucres dans le corps sont assurés par des enzymes. Il existe donc une enzyme appelée lactase (les molécules finissant en -ase sont des enzymes) qui est chargée de couper le lactose en deux pour qu’il puisse être assimilé par l’organisme.

La lactase est produite naturellement chez les enfants. Cependant, sa production cesse normalement vers l’âge de 6-8 ans, entraînant petit à petit une intolérance au lait. Comme il n’y a plus d’enzymes pour découper le sucre du lait, ce sont les bactéries de la flore intestinale qui vont se charger d’assimiler ces molécules. Le problème, c’est que ce mécanisme engendre une fermentation, entraînant ainsi la formation de gaz dans les intestins (méthane, dihydrogène, dioxyde de carbone…). Ces gaz sont à l’origine des troubles digestifs ressentis.

2/3 des humains adultes ne produisent plus de lactase

Pourtant, certaines personnes continuent de boire du lait à l’âge adulte sans avoir de problèmes. En fait, ces personnes ont toujours de la lactase qui est produite dans leur organisme. Cette persistance est assez insolite, car aucun mammifère ne produit cette enzyme après le sevrage (oui, même la vache est intolérante au lait, c’est dire !). En réalité, 1/3 de la population mondiale tolère toujours le lactose, explique David Louapre, l’auteur de Science étonnante. Ce n’est donc pas qu’une simple « anomalie » !

La tolérance au lactose est d’ailleurs très différente selon les régions, comme on peut le voir sur la carte en tête d’article. Ainsi, on retrouve bien les anglais qui achètent tous les jours leur pinte de lait, contrairement aux asiatiques qui ne supportent même pas les yaourts.

Une cause génétique

Comme la plupart des enzymes, la lactase est produite à partir des informations contenues dans l’ADN. À partir d’un certain âge, le gène de la lactase n’est tout simplement plus « lu » par l’organisme. Or, les scientifiques se sont aperçus qu’une mutation génétique était présente chez les personnes tolérantes au lactose. Ainsi, une cytosine remplacée en thymine juste en amont du gène de la production de lactase permet une lecture plus facile de ce gène par l’organisme.

Cette mutation serait apparue il y a entre 5000 et 10 000 ans et se serait propagée depuis l’Europe centrale, touchant aujourd’hui jusqu’à 90% des individus dans certaines régions en seulement quelques centaines de générations. En génétique, cela ne peut être dû qu’à « un effet de sélection naturelle positive énorme », indique-t-on dans la vidéo.

Les explications concernant cette sélection naturelle ne sont aujourd’hui que des hypothèses. Ainsi, on peut penser que la tolérance au lait aurait permis aux humains de contrebalancer leur déficience en vitamine D lorsqu’ils sont arrivés en Europe, continent moins ensoleillé que l’Afrique. Une autre théorie émet l’idée que cette mutation aurait permis de mieux survivre aux périodes de famine (plus de blé, mais toujours du lait…).

Heureusement pour les personnes « non mutantes », malgré la déficience enzymatique, elles peuvent toujours manger du fromage, qui contient quand même moins de lactose que le lait. Et puis, cela n’empêche pas non plus d’assaisonner les plats avec un peu de crème, de manger de la purée ou de prendre une noisette de beurre : la quantité de lactose ingérée est en effet bien moindre que celle d’un grand bol de lait.

Source : Science étonnante